LIVRE TROISIÈME
nouvel époux, qui prit les titres de duc de Bretagne et de comte de Richemont.
Mais le roi Henri II, en guerre avec son fils Richard , en guerre avec le roi de France , périt misérablement deux ans après, en maudissant et 1189. ses enfents et le Dieu qui lui avait donné le jour. Pendant ce temps-là, des signes de mécontentement s'étaient manifestés parmi les seigneurs bretons. Ils pensèrent que Richard , qui succédait à la couronne d'Angleterre, prêt à partir pour la Terre Sainte, et faisant profession de haïr tout ce que son père avait protégé , ne s'intéresserait pas vivement au mari que Henri avait donné à Constance. Us se révoltèrent contre Raoul et le chassèrent de leur pays, sans que la duchesse vît un outrage dans cette violence.
Délivrée d'un mari qui la tenait sous le joug de l'Angleterre, elle gouverna seule l'état pendant sept ans en son propre nom, quoiqu'elle eût un fils ; ce qui prouve qu'elle régnait de son chef, et que les femmes étaient habiles non-seulement à transmettre , mais même à porter la couronne.
Raoul s'était réfugié en Angleterre, où, depuis un siècle, se formaient toujours les orages qui devaient dévaster la Bretagne; mais il n'y trouva point, pour le moment, des dispositions favorables à la vengeance qu'il méditait.
Rîchard-Cœur-de-Lion, successeur de Henri II,
38o HISTOIRE DE BRETAGNE.
était frère aîné du dernier duc de Bretagne j Geo£^ froi , et par conséquent beau-frère de la duchesse Constance et oncle du jeune Artur. Ce nouveau roi avait commencé son règne par une alliance avec Philippe-Auguste , et les deux princes étaient xi9«»* partis ensemble pour la Terre Sainte en 1190. Cette expédition, dans laquelle plusieurs seigneurs bretons les accompagnèrent ( i ) , fut pour eux une occasion de fréquentes querelles. Cependant, dans un des courts intervalles où l'intérêt commun suspendait leurs inimitiés , ils conclurent un traité , par lequel il fut stipulé , entre beaucoup d'autres conditions , que la Bretagne continuerait de relever des ducs de Normandie, et que ceux-ci en feraient hommage à la France (2)*
(i) Raoul de Fougères, Juhel de Mayenne, André de Vitré et Adam de Léon, qui trouva là mort au âiége de Ptolémaïs.
(a) Et insuper concessit ei chartâ sud confirmavit quàd dwcatus Britanniœ in perpetuum pertineat ad dominatam ducis Normanniœ, et ei respondeat sicut ligio domino suo, et ditx Normanniœ respondeat régi Franciœ, tant de ducatu Brètanniœ quant de ducatu Normanniœ, ( Annales de Roger de HouYEDEN. Recueil des Historiens de France , t.xvii, p. 5 16.)
On lit la même chose , presque dans les mêmes termes , dans la Vie de Henri H, roi d'Angleterre, par Benoît de Petersboroug. (Même Recueil, t. xvii, p. 5i5.) Insuper concessit quàd dux Britanniœ fit homo régis Angliœy in perpetuum et hœredum suorum ^ de Britannid et quod rex AngUœ et hœredes suirespondeant inde regiFranciœ ethœredibussuis.