‹ Histoire de BretagneChapitre 160 sur 192 · LIVRE TROISIÈHE. 38l · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈHE. 38l

Pendant un séjour qu'il fit à Messine, le roi d'Angleterre contracta avec Tancrède, roi de Sicile , une alliance dont le nœud principal était le mariage projeté entre le jeune Artur, fils posthume de Geoffroi , et une princesse sicilienne. Dans ce traité , Richard qualifiait Artur de son cher neveu et héritier (i). Ainsi le prince breton était déjà désigné comme devant monter après son oncle sur le trône d'Angleterre, si cet oncle mourait sans enfants. Mais toutes ces stipulations étaient du nombre de celles que les rois signent sans s'embarrasser s'ils pourront les tenir. Le prince qu'on mariait n'avait encore que deux ans; et sur cette promesse, Richard se faisait payer par Tancrède vingt mille onces d'or, à la charge de les restituer si le projet ne se réalisait pas. C'était la dot de la petite princesse dont l'oncle s'emparait par provision (2).

(i) Deo disponente condiximus inter Artwrum egregium ducem Britanniœ canssimum nepotem nostrum, et hœredem^ si forte sine proie nos obire contingeret et carissimam filiam Destram dominam matrimonium in Christi nomine contrahendum, ( Recueil des Historiens de Ffance, t. xvii, p. 507.)

(a) Wolentes autem eiy tamqaam illustri dominée et magni^

fici régis filiœ y dodarium quod convenit designari, de ducatu

nepotis nostri taie dodarium ei pro parte ipsius hepotis nostri

paciscimar, et quod adprœsens per prœfatos fidèles nostros

jurari fecimus et ab ipso nepote nostro concedi^ et à magna-

1192. Muni de cet argent, il arriva dans la Palestine ,

où il demeura jusqu'en 1 192. Il s'y acquit une grande réputation de valeur, ternie par des imputations odieuses, dont quelques-unes cependant paraissent exagérées. A son retour , en repassant de Saint-Jean-d'Acre en Europe, il fit naufrage sur les côtes de l'Adriatique. Obligé de traverser l'Allemagne sous un déguisement, parce que l'empereur Henri VI , prince gueux , féroce et ax^are^ selon les historiens (i), était son ennemi , il fut reconnu tournant la broche dans une auberge; on le chargea de chaînes, on Ica traîna devant le duc d'Autriche , et ce prince le vendit à l'empereur , qui , pour le rançpnner, le renferma dans une étroite prison.

Pendant sa captivité, qui dura plus d'un an, le cadet de ses frères, Jean-sans-Terre ( ainsi surnommé parce que le roi Henri II, leur père, ne» lui avait laissé aucun apanage ) se coalisa avec le roi de France pour envahir la Touraine , le Vexin et la Normandie ; et Philippe-Auguste crut devoir

tibus sui ducatus , episcopp et aliis vins ilîustribus jurarifaciemus, Pecuniam vero à magnijicentlâ vestrâ, pro matrimonio istOy scilicet viginti millia unciarum auri, nos récépissé ad opus nepotis nostri fatemur , etc. ( Recueil des Historiens de France, t. xvii, p. 507. )

(i) Lkgrndre, Histoire de France, t. 2, p. 377.

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