LIVRE TROISIÈME
faire précéder cette lâche agression par la formalité d'une déclaration de guerre au monarque prisonnier. Voyant qu'on allait profiter de sa captivité pour le dépouiller de ses états, il se délivra de ses fers par des concessions peu dignes d'un grand prince et d'un homme qui s'était montré si vaillant à la. guerre. L'une des conditions que lui imposèrent ses oppresseurs fut d'envoyer à Vienne, pour être mariée au fils du duc d'Autriche , la princesse Éléonore de Bretagne. Ainsi il disposait de la sœur comme il avait disposé du frère, à l'insu de la duchesse Constance, leur mère. Ce mariage , au reste , ne s'accomplit point : on mit la princesse en route; mais la nouvelle de la mort du duc d'Autriche l'arrêta au milieu de l'Allemagne , et elle revint auprès du roi son oncle, qui la retint comme un otage de la docilité des Bretons.
Richard, en arrivant en Angleterre, y trouva nç^ij. deux partis formés contre lui : l'un était celui de Jean son frère; l'autre, celui de quelques ambitieux qui , prenant à la lettre le traité par lequel le jeune Artur de Bretagne avait été nommé héritier de la couronne d'Angleterre, s'étaient déclarés pour cet enfant, précisément parce qu'il n'était pas en âge de régner.
L'exil fit raison à Richard de la faction du jeune Artur; la guerre lui soumit Jean , et il s'empressa de
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repasser sur le continent pour s'opposer aux progrès du roi de France , qui s'avançait dans la Normandie. Il y eut entre eux un projet de paix en
1195. IT95, dont Éléonore devait encore être le gage. Cette fois elle fut promise par Richard au fils de Philippe ; mais ce projet demeura sans exécution, et les deux rois se réconciUèrent, quelque temps après, par un traité dans lequel il ne fut point parlé de ce mariage ( i ). S'il en avait été autrement, la France n'aurait pas manqué de &ire valoir les droits d'Éléonore , lorsque le trône ducal vint à vaquer sept ans après , et la réunion de ce duché à la monarchie aurait été avancée de trois cents ans.
1196. A la feveur des circonstances qui avaient oc- Artor, cupé les rois de France et d'Angleterre, la du-
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Bretagne, chcssc de Bretagne avait recouvré un peu d'indépendance. Elle jugea qu'elle pourrait s'afiFermîr sur le trône en y Êdsant asseoir son fils auprès d'elle. Cette association ne pouvait diminuer l'autorité dont elle jouissait, puisque Artur avait à peine atteint sa neuvième année. Elle le fit reconnaître duc de Bretagne par les états du pays, soit que le jeune prince, ne tenant pas ses droits
(i) Ce traité est rapporté textuellement par Guinaume de Neiibrige, liv. 5, chap. 18. (Recueil des Historiens de France, t. XVIII, p. 5o. )