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de son père, ne pût régner du vivant de sa mère, soit que le consentement des sujets fût dès-lors compté pour quelque chose dans les actes qui validaient l'autorité du prince.
On ne devait pas s'attendre que l'association d'Artur à la couronne de Bretagne pût irriter le roi son oncle, puisqu'elle faisait entrer définiti* vement une belle province dans les possessions de la maison de Plantagenet. Cependant, à cette nouvelle , il montra une grande colère , excitée peut-être par le soupçon de quelques liaisons secrètes entre la duchesse et la France, peut-être par les intrigues du comte de Chester, qui, exilé d'un trône qu'il avait partagé , nourrissait un ressentiment implacable contre sa femme et contre les Bretons, Cette dernière opinion parait la plus vraisemblable, lorsque l'on considère que ce fut à ce mari altéré de vengeance que Richard confia l'exécution de ses desseins.
Constance, sur l'invitation de Richard, s'était mise en route pour Pontorson , où une entrevue avait été assignée entre elle et le roi son beaufrère. Raoul, à la tête de quelques soldats, la surprit, l'enleva, et l'emmena prisonnière dans le château de Saint- Jacques de Beuvron(i). Le res-
(i.) Cùm comitùsa Brùannùe, mater Arturij veniret pc.r mandatum Richardi régis in Normanniam loqui cum eo, venit I. 25
386 HISTOIRE DE ÊKETAGNE.
sentiment de l'époux colorait la perfide politique du roi. L'un et l'autre semblaient oublier que Constance régnait de son chef.
Indignés de cette trahison , menacés dans leur liberté, privés d'une princesse héritière de leurs anciens souverains , mais trop faibles pour s'en prendre au roi d'Angleterre , les Bretons feignirent de ne voir dans cet attentat que le crime de Raoul, et, feute d'en pouvoir tirer vengeance , ils envoyèrent l'évêque de Rennes à Richard , pour lui en demander justice. Ce prince couronna une perfidie par une autre. Il parut accueillir ces plaintes , et prit l'engagement de faire rendre la liberté à la duchesse; mais dans un délai de deux mois, comme si un délai eût été nécessaire pour délibérer sur une violation du droit des gens et la réparer. Il fit plus, il mit une condition à cette réparation, exigeant que la princesse s'engageât à se conduire dorénavant d'après ses conseils dans le gouvernement de ses états, et il demanda des otages pour garants de l'exécution de cette promesse. On céda sur tout; mais ces formalités n'étaient pour lui qu'un moyen de gagner du
obifiam ei Ranulphus cornes Cestriœ maritus ejus ad Pontem Ursonisy et cepit eam et inclusif eam in castello sua apud Sanctum Jacobum de Bevrun. ( Roger de Houveden. Recueil des Historiens de France, t. xvii, p, 579. )
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temps; et ce temps, il l'employa à rassembler ses troupes. A l'expiration du terme convenu ^ il refusa de rendre la princesse, même les otages; et lorsque les Bretons l'en envoyèrent sommer par un héraut, il leur répondit en faisant entrer son armée dans leur pays.
Elle y exerça des ravages inouïs : les campagnes étaient dévastées, les châteaux rasés, toutes les habitations livrées aux flammes. La population n'avait plus d'asile , ni dans les bois ni dans les cavernes. Les soldats anglais poursuivaient ces malheureux et les forçaient de sortir de leurs retraites, ou en les étouffant dans la fumée, ou en embrasant les forêts autour d'eux. Le roi Richard était venu jouir de ce spectacle. Ses troupes s'avançaient jusqu'au fond de cette province désolée. Le prince son neveu fuyait devant lui ; cet enfant de dix ans venait d'être transféré dans le château de Brest, son dernier asile.
Cependant les seigneurs bretons étaient en armes pour l'indépendance de la patrie. L'histoire doit nommer, entre ceux qui eurent le plus de part à cette noble résistance, Alain de Dinan , les vicomtes de Rohan et de Léon , l'évêque de Vannes, le baron de Fougères, le comte de Montfort, les seigneurs de Dol et de Vitré. Alain de Dinan brûla la ville de Montfort, qui s'était soumise au roi d'Angleterre. Les autres seigneurs, dont les
contingents formaient une petite armée, attaquèrent celle du roi près de Carhaix et lui firent éprouver une déÊdte complète. îTosant se fier à un succès qui pouvait n'être que passager, ils envoyèrent leur jeune duc à la cour de France. Sa vie y était en sûreté, mais non pas peut-être ses intérêts. Philippe accepta ce précieux dépôt avec joie, et, pour attirer Richard hors de laBretagne , il envoya en Normandie un corps de troupes qui mirent le siège devant Aumale. Le roi d'Angleterre accourut au secours de cette place; les Bretons le suivirent de près, et, unis aux Français, ils lui livrèrent une seconde bataille, dans laquelle Richard et Alain de Dïnan combattirent corps à corps. Le roi fut désarçonné, renversé de cheval , et près de périr , si les siens ne fussent accourus à son secours. Ils l'entraînèrent dans leur fuite. Cette humiliation n'était que le juste châtiment de sesîureurs. Mais , malgré deux déÊutes consécutives, ses troupes pénétrèrent encore dans la Bretagne et recommencèrent leurs ravages. Il pratiqua des intelligences parmi les seigneurs. Alain de Dinan, l'ame du parti patriotique, mourut quelques mois après. Le roi de France ne se mit pas en devoir de faire triompher la cause d'Artur. La diversité des vues politiques fit naître dès divisions et amena un changement de système parmi les régents du pays. Le