‹ Histoire de BretagneChapitre 163 sur 192 · LIVRE TROISlàMK. SSq · texte numérisé non relu

LIVRE TROISlàMK. SSq

J€iine duc était confié à la loyauté douteuse de Philippe ; et sa mère , la véritable duchesse régnante , était prisonnière de Richard. Sans prince , sans gouvernement, sans moyens de soutenir une longue guerre , sans confiance dans le protecteur qu'ils avaient choisi , les seigneurs se déterminèrent à négocier. Leur premier besoin était de délivrer les campagnes du fléau qui les dévastait et d'obtenir la liberté de Constance. Ils traitèrent secrètement, au nom du jeune duc, avec le roi d'Angleterre. Constance leur fut rendue. On ne sait pas quelles furent d'ailleurs les conditions de cette paix ; mais les libéralités de Richard furent telles, que les Bretons conclurent avec lui, dèsi l'année suivante, en 1198, une ligue offensive ix^g. contre le roi de France. Ce changement soudain de la politique des Bretons faisait du prince Artur un otage dans les mains de Philippe. On eut l'adresse de l'en retirer ( l'histoire ne dit pas par quel moyen ), et on vit arriver cet enfant dans le camp de son oncle, naguère son persécuteur.

Constance, Artur, Richard, semblaient être dans la plus parfaite intelligence. Le roi de France était devenu l'ennemi commun. Les Anglais et les Bretons lui faisaient la guerre, et le battaient deux fois à Vernon et à Gisors. Le pape s'entremettait pour les réconcilier, et, en faisant prêcher une nouvelle croisade, les déterminait jk "^

conclure une trêve de cinq ans. On touchait à une nouvelle révolution.

A peine la trêve qui suspendait les inimitiés des deux rois venait-elle d'être signée, que Richard alla assiéger dans le Limousin le château d'un de ses vassaux, qui avait trouvé un trésor dans sa terre, et qui ne lui en offrait que la moitié. Son emportement lui fit refuser toute composition aux assiégés; son impatiente avarice le précipita au milieu des dangers. Il fut atteint d'une flèche, et mourut de sa blessure le 6 avril 1 1 99.

Prétentions Cette mort donnait ouverture à de nouvelles snrk prétentions qui changeaient tous les rapports de°KiXÏÏ. politiques. Richard ne laissait point d'enfants. Il ^JJ^^ s'agissait de savoir qui recueillenait la couronne ^^^ d'Angleterre, le duché de Normandie, le Maine, l'Anjou, la Touraine et l'Aquitaine. Artur avait été désigné dans le traité de Messine pour en hé* riter, et il pouvait y prétendre comme représentant son père Geoffroi, frère de Richard; mais il se vit disputer cette succession par son oncle Jean-sans-Terre , frère cadet de Geoffroi. Le droit de représentation n'était pas alors tellement reconnu, que l'on ne vit souvent des oncles se porter pour compétiteurs d'un neveu fils d'un frère

aîné.

Jean-sans-Terre, méprisant la jeunesse d' Artur, qui en effet n'avait encore que douze ans, pro-

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duisit un testament, vrai ou supposé, par lequel Richard lui transmettait tous ses états : mais il avoua involontairement qu'il se méfiait lui-même de la validité de ce titre, en déclarant qu'il ne voulait devoir sa couronne qu'aux suffrages libres de ses sujets. Il eut soin de prendre ses précautions ; on recueillit les ^voix des grands , et il fut reconnu roi en Angleterre dès qu'on sut qu'il s'était emparé des trésors de Richard. La Normandie suivit cet exemple.

Quant aux provinces du Maine , de la Touraine et de l'Anjou, il était naturel qu'elles désirassent un souverain qui résidât sur le continent. Elles se déclarèrent pour Artur; et ce prince, conduit à Angers par son plus fidèle serviteur , Guillaume Desroches, y fut proclamé roi d'Angleterre (i).

C'était un grand événement pour la France que la mort d'un prince qui, outre le royaume d'Angleterre, possédait tant de provinces sur le continent, depuis la Seine jusqu'à la Garonne. Les Plantagenets étaient d'autant plus dangereux qu'ils étaient de race angevine, et que, par conséquent, la nation française ne voyait pas en eux des étrangers. Jusque-là il avait été incertain qui des Capétiens ou des Plantagenets réunirait sous

(i) Chronique anglaise de Raoul, abbé de Cogges-Hale. ( Recueil des Historiens de France, t. xviii, p. 87. )

son autorité les diverses provinces de la France. Les forces se balançaient , et l'avantage de la capacité n'avait pas toujours été du côté des Capétiens. Mais les divisions de la famille de Henri II avaient mis un grand obstacle aux progrès de la maison d'Anjou; la faiblesse, les vices de Jeansans-Terre, l'incontestable supériorité de Philippe-Auguste , décidèrent la question. La France saisit l'occasion d'affaiblir le plus puissant de ses vassaux : ce fut un premier pas vers la soumission de tous le» autres.

Cependant les premiers événements qui suivirent la mort de Richard ne répondirent pas aux espérances que Philippe pouvait avoir conçues. La mère du jeune Artur se hâta de le mettre sous la protection du roi de France, en offrant l'hommage direct non-seulement de la Bretagne , mais aussi de la Normandie, du Maine, de l'Anjou, de la Touraine et du Poitou. Au moment où ce jeune fils avait un si grand besoin d'appui, de conseils, et de tout l'intérêt d'une mère, cette femme inconstante s'occupait du choix d'un troisième mari. Le second n'était pas encore mort; mais , depuis qu'elle était délivrée de la prison et de Richard , son persécuteur , elle voulait rompre tous ses liens avec l'odieux Raoul , et elle prétendait s'être aperçue que, dans son mariage, il y avait eu quelque nullité qui lui donnait de grands

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