LIVRE TROISIÈME
A la nouvelle de cet attentat , les cris de la Bretagne demandèrent vengeance. Gui de Thouars profita de ce mouvement d'indignation. Beau-père d*Artur, veuf de la duchesse Constance, il se portait pour représentant de la Êimille ducale, et convoqua à Vannes les grands du pays. Les évêques et la plupart des seigneurs y accoururent. Cette assemblée est, ce me semble, la première dans laquelle on puisse reconnaître une réunion des ordres de la province, une tenue d'états. ^^' Gui de Thouars, qui la présidait, n'avait pas en- J^
duc de Bretagne.
moins odieuse contre la personne d'Artur. Ce récit est d'un Anglais , et cet auteur ajoute que Philippe sœt^iebat per maxime pro nece Arturiy quem in Sequand suhmersiun fuisse audierat,
Qu'Artur ait été jeté dans la Seine ou dans la mer, comme quelques auteurs le racontent, ce n est pas là ce qu'il importe d'éclaircir. Mais qui pourra considérer le roi Jean comme disculpé, parce que Mathieu Paris se borne à dire : Rex prœcipit ut Arturus apud Rotomagum mitteretur, ut ibi in arce noud retrusus, sub arctiori custodid servarctur; sed non multà post idem Arturus subite etfanuit, modo ferè omnibus ignotOy utinam non ut fama refert invida?
On peut voir sur ce passage une note de M. Brial. (Recueil des Historiens de France, t. xvii , p. 68a. )
Enfin les cris de la Bretagne, l'indignation de l'Europe, le jugement, quoique intéressé, de la cour de Philippe-Auguste, la disparution d'Artur, tout cela accuse le roi Jean , et sa vie entière dépose encore plus fortement contre lui.
4l6 HISTOIRE DE BRETACICE.
core le droit d'y commander. Il reçut de cette assemblée l'administration du duché ; mais , suivant quelques-uns, ce ne fîit qu'à titre de tuteur de la princesse Alix, sa fille aînée. Quoi qu'il en soit, il prit le titre de duc de Bretagne. Ce titre avait besoin de protection; car il n'a^>artenait ni à sa fille ni à lui. Constance avait laissé de son premier mariage une fille nommée Éléonore, sœur aînée du malheureux Artur. C'était évidemment à cette princesse que le trône appartenait;. Elle était en âge d'y monter. C'était cette même princesse que Richard -Cœur -de -Lion promettait à tous les princes avec qui il voulait faire la paix. Mais y malgré plusieurs mariages projetés, elle était restée dans le célibat et dans les mains du roi d'Angleterre, qui lui avait donné pour séjour, ou pour prison, un monastère de Bristol, où elle fut retenue pendant quarante ans. Il était à craindre que Jean ne se servît de cet otage pour réclamer la Bretagne.
Gui de Thouars , à la tête d'une d^utation de la province , alla demander justice au roi de France du meurtre abominable commis par son vassal.
Déjà, depuis la captivité d' Artur, Philippe était en armes , et il avait déchargé sur la Touraine sa colère contre le roi Jean , en brûlant la capitale de cette malheureuse province. Les instances des Bretons étaient peu nécessaires pour le détermi-