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pouvait disposer d'assez de troupes pour défendre les Gaules. Il ne s'agissait pas seulement d'envoyer quelques secours à une province éloignée, aux extrémités de la Gaule occidentale ; il aurait fallu disputer le passage du Rhin. Ces peuples, réduits à leurs propres forces , arrêtèrent l'ennemi , et rompirent avec un gouvernement qui n'avait pas su les protéger.
On a sûrement remarqué l'expression de Zosime, qui donne à entendre qu'ils se constituèrent en république (i) : mais il est probable, du moins pour ce qui concerne la Bretagne , que, par ce mot, cet historien a voidu exprimer plutôt des lois propres, une existence indépendante , qu'un gouvernement sans chef; car on ne saurait douter que Conan ne se soit trouvé , après cette révolution , placé à la tête du gouvernement. Gouverneur de l'Armorique depuis plus de vingt-cinq ans, revêtu peut-être du titre de roi des Bretons, de TaVeu des Romains, il se trouva, par la proclamation de l'indépendance nationale , en possession de l'autorité suprême, et affranchi de tous rapports de subordination envers l'empire (2).
Conan ' Mériadec , roi des Bretons.
(i) Proprid quddam repubUcâ arbitrio suo constitutif.
(a) Voyez les Mémoires de Gallet, chap. i, §. 14, où il établit que le gouvernement des Armoricains était monarchique.
58 HISTOIRE DE BRETâ^GHE.
L'histoire ne rapporte ni les efforts que les Bretons eurent à Eure pour repousser les barbares, ni les tentatives des empereurs romains pour remettre sous leur autorité ces importantes pro- *^- vinces. Tout ce qu'on sait, c'est que vers l'an 4i6, CPCTfe jju^ préfet du prétoire des Gaules , nommé Exupek» Bretons rantîuj, ^^Sàj^L dc faire rentrer les Armoricains lesRoMin». clans le devoir (2); mais il fut bientôt obligé de 419- renoncer à les réduire, et trois ans après, en 4 19^ Traité- l'empereur traita avec ces peuples et les reconnut pour alliés. Cet accord fut si agréable aoir Romains, qu'un poète du temps en prit occasion d'exalter le négociateur, qu'il loue d'avoir rétabli dans l'Armorique la paix, les lois et la liberté (2).
(i) Exuperantius anno circiter 416 Armoricos, qui à Romanis defecerani, ad officium reducere tentavii.
( D. Bouquet y Recueil des Historiens de France, t. I , p. 629. )
(a) Le négociateur était ce même Exoperantius, flont nous venons de parler. Le poète s'appelait Claudius Rutilius Kuraatianiis.
Aremoricas pater Extftermniùu onas , Nunc posUinttmum pacu amore doeet.
ResdtuU Uges , Dbertatemque rtducU, Et servos famuUs non sinit esse suis.
Ces vers sont fort obscurs. L'abbé Gallet en a donné la traduction et le commentaire dans ses Mémoires , chap. 2,
LIVfiB PREMIER. Sg
Ces expressicms lais$eBt bien encore quelque obscurité sur la nature de ce traité. Tout porte à croire que quelques - unes des places de l'Armo-^ rique restèrent occupées par de faibles garnisons romaines; mais par le Êdt, l'indépendance de la Bretagne data de cette époque , et l'un des pre*miers fruits de ce nouvel ordre de choses fut d'at« tirer un asses grand nombre de négociants insu* laires, bretons et même romains, qui émigrèrent vers la presqu'île avec une partie de leurs richesses.
Ainsi conunença le royaume de Bretagne squs l'autorité de Ck>nan.
Notre premier soin doit être de nous faire une ^^} (>e la idée de l'état des lumières et de la civilisation dans ce pays; mais nous sommes réduits à recueillir quelques £aûts épars , et nous ne pouvons tirer de ces notions incomplètes que des conséquences peu décisives.
On ne saurait fixer avec précision l'époque où Religion, la foi chrétienne pénétra pour la première fois dans l'Armorique. Il est difficile d'admettre qu'elle y eût été apportée par les premiers apôtres , comme quelques auteurs l'ont prétendu ; mais il parait certain qu'une partie de ses habitants avait reçu cette lumière dès le 3*^ siècle , et on attribue leur conversion à l'apostolat de saint Clair, évêque de Nantes, lequel vivait en a8o. Jusqu'à la fin du 4^ siècle il n'y eut en Bretagne que deux évéchés , Nantes et
6o HISTOIRE DE BRETAGNE.
Rennes. On ne peut douter que Conan professât le christianisme , car il avait épousé une sœur de saint Pat^ce ; plusieurs de ses fils furent évêques , et on ajoute qu'il avait fondé en 899 les évêchés de Dol , de Vannes- et de Quimper; mais la date de ces créations est fort incertaine.
Le christianisme ne pouvait, à cette époque, régner sans partage dans un pays où la domination des Romains avait donné une existence légale au polithéisme : les prêtres de cette dernière religion devinrent persécuteurs dès qu'ils eurent des rivaux. Auguste avait interdit les droits de citoyen à ceux qui abjureraient les dieux de Rome. Sous Néron , on poursuivit , on déporta , on brûla un grand nombre de prêtres druides dans l'île dé Mona , aujourd'hui Anglesey . La persécution fait des enthousiastes : le culte proscrit continua d'être prêché avec ferveur, notamment par l'archidruide Merlin, qui, dans le 5® siècle, remplit les forêts de la grande et de la petite Bretagne de ses prophéties ; et long-temps encore après lui , jusqu'au 7® siècle , le culte des druides continua d'exister concurremment avec le polithéisme et avec le culte chrétien (i).
Culture Ausone , auteur contemporain de Cdnan , dans
des lettres.
(i) On lit dans la Vie de saint Paul, évêque de Léon, lequel vivait en 529, destructa sunt tcmpla idolanim , qida per ro-