LIVRE PREMIER
tre de la monarcble ; on s'exposerait à juger les événements avec partialité, parce que, sans s'en apercevoir, on finit par céder à l'ascendant de. la puissance envahissante. Il faut se transporter par la pensée dans les provinces envahies; se. faire concitoyen des peuples vaincus , pour voir ce que la résistance leur a coûté d'efforts et la réunion de sacrifices. Considérés de ce point de vue, les Ëdts prennent quelquefois un caractère nouveau. Pour être juste , l'historien doit se placer de manière à observer les objets sous toutes leurs faces. Si on voulait tracer le tableau des agrégations successives qui ont fait du petit royaume de Paris la monarchie française, ce ne serait point assez de peindre les mœurs des conquérants , d'exposer leurs droits, de. raconter leurs exploits. Les peuples vaincus ont aussi leur caractère, leurs droits, leurs Ëdts d'armes; et quand ces états, indépendants dès leur origine , et contemporains de la monarchie, ont été assez puissants pour lutter long-temps avec elle et pour la mettre quelquefois en péril, leur histoire se confond avec celle de l'empire dont ils font aujourd'hui partie. Ce n'est donc pas seulement l'histoire particulière d'une province que l'on s'est proposé d'écrire, c'est celle d'une acquisition importante vers laquelle les efforts de la France ont tendu pendant plus de mille ans.
b HISTOIRE DE fiRETAGNE.
Caractère Con^défée isolément, la nation qui occupait '^t^ k Bretagne ne serait pas indigne des regards de rhistoire. Ses vicissitudes, ses institutions, ses mœurs, son courage, sa bonne foi, sa ténacité dans ses résolutions et dans ses habitudes^ offri^^ raient encore un utile sujet de méditation.
Aujourd'hui, dans Tunivers (chrétien, les peu*ples tendent vers l'unité de mœurs; les intérêts politiques ont beau les diviser, les institutions ont beau être différentes, quand un Russe, un Allemand, un Français, un Italien, un Anglais, un citoyen des Amériques se rencontrent sur un point du globe , s'ils appartiennent à la classe qui n'est pas dépourvue de lumières ^ ils semblent, sous beaucoup de rapports , appartenir à la même nation. Leurs manières, leurs vêtements sont à peu près uniformes ; ils ont une langue commune, et, ce qui est plus important encore, sans s'être jamais vus, ils se trouvent d'accord sur les principes de la vie sociale. Ce sont là les bienÊiits de la morale chrétienne , des lettres et du commerce* Il n'en était pas de même dans les temps où les peuples, incultes , restaient isolés les uns des au-» très. La guerre , seule circonstance qui établît entre eux quelques rapports, ne produisait que des inimitiés , et ces inimitiés faisaient considérer toute imitation comme une faiblesse. Dans ces guerres, il s'agissait toujours de l'indépendance.