LIVRE PREMIER
de l'existence même; et cett^ indépendance ne pouvait trouver d'asile que dans un pays âpre et sous un climat sauvage. De là vient que les peuples qui ont su défendre le plus long-temps leur liberté sont en même temps ceux qui ont le mieux conservé leur ancien langage , leurs mœurs, leurs traditions. De là vient encore l'intérêt qui s'at** tache naturellement à ces restes vénérables des usages antiques. Ce qui semble un vestige de la barbarie est un titre de noblesse qui a droit à notre respect.
De tous les peuples qui se sont agglomérés dans la nation française , les Bretons sont celui en qui on retrouve plus fortement empreint le caractère primitif d'une race que quinze siècles n'ont pu faire disparaître.
Si on interroge le pays sur l'histoire et sur l'o- Anciens rigine des peuples qui l'ont habité, de vastes et dapays. antiques forêts, des landes immenses annoncent que la culture y était peu étendue, et par conséquent la population peu nombreuse : des mines profondes attestent cependant la recherche , l'emploi , le commerce des métaux. D'une autre part, point de communications ouvertes , sinon vers les côtes ; point de traces de ces arts qui prouvent des rapports avec les peuples policés. Des monuments grossiers , inexplicables , et quelquefois gigantesques, étonnent les yeux, sans donner au-
cune prise à rimagination. Des blocs de pierre, placés debout, rangés sur des lignes parallèles, s'offrent encore au nombre de quatre mille dans la plaine de Carnac , loin de toutes les carrières connues (i). Des monuments encore plus remarquables restent debout dains la plaine de Lockmariaker. Si l'extraction, le transport, la disposition de ces masses effrayantes attestent la puissance, leur difformité accuse la barbarie. La raison demeure confondue lorsqu'elle veut en pénétrer l'objet, en déterminer l'époque, et l'on ne s'étonne pas que les générations superstitieuses y aient vu des autels élevés à des dieux sanguinaires, ou des armées de géants pétrifiés.
Culte drui- La tradition dépose que plusieurs autres monuments, répandus çà et là dans les forets et dans les landes incultes , étaient consacrés à la religion druidique. Ce pays sauvage, couvert d'un ciel brumeux, environné d'une mer turbulente, était la terre classique de ce culte mystérieux. L'île de Sein, dont parle le géographe Pomponius Mêla (a) , était le séjour des vierges fatidiques ,
qui soulevaient et conjuraient les tempêtes. L'ex-
(i) On peut en voir la description dans l'ouvrage de M. Cambry, et dans le Recueil des antiquités de la Gaule, par M. de La Sauvagère.
(2)Liv. 4..