‹ Histoire de BretagneChapitre 5 sur 192 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

tréme Thulé , que les anciens croyaient au bout du monde, n'était autre, à ce qu'il paraît, que File d'Ouessant. Pline a rapporté (i) les mystères qui se consommaient ^dans les îles Yénétiques. Plutarque dit que le géant Briarée y tenait le dieu du temps endormi. Procope raconte que les pécheurs de cette côte, réveillés la nuit par une puissance invisible, passaient les âmes des morts dans l'île des bienheureux. On voit qu'au rapport des écrivains de l'antiquité, cette terre peu connue était déjà remplie de traditions merveilleuses. Le mont Belen, aujourd'hui le mont Saint -Michel, consacré au dieu Belenus, l'Apollon des Celtes, était habité et ensanglanté par des magiciennes , qui changeaient les navigateurs en animaux. La Roche aux Fées, la Caverne de l'Enfer, l'Ile Bénie, le Val sans retour, la Forêt des pleurs, sont des laoms qui attestent que les lieux auxquels on les a donnés étaient pleins de souvenirs. Le culte terrible des Druides admettait les femmes dans les conseils. Ses dogmes étaient confiés à la mémoire, jamais au papier (a). Les forets étaient ses temples. Ses mystères devaient frapper les imaginations, effrayées par l'horreur des sacri-

(i) Liv. 26, cil. 2.

(2) Nequefas ea littens mandare. CUsar, deBello Gallico lib. 6.

lO HISTOIRE DE BRETAGNE.

' fices^ et ses traditions ont dû survivre long-temps à sa puissance.

On a remarqué que chez les peuples de race celtique les souvenirs, gravés plus profondément, conservent un empire qu'ils n'ont point chez les peuples plus légers du Midi. lie peu de mobilité de l'imagination favorise la ténacité du caractère, et explique la perpétuité de ces récits, transmis opiniâtrement de générations en générations par la vanité nationale , parce qu'ils attestent aux peu*^ pies l'antiquité, là noblesse, l'indépendance de leur origine.

Fables sur Cles £ables ne doivent point être dédaignées; Brew ^^^ ^^^ j^ ^^ bornerai à rapporter quelques-unes de celles qui ont été long*temps accréditées chez les Bretons, et par lesquelles on a voulu expU* quer l'origine du nom de ces peuples.

Ammien Maroellin, Diodore de Sicile, et un auteur grec nommé Parthénius, parlent d'un roi des Gaules qui s'appelait Britannus. Ils disent qu'Hercule, traversant cette contrée pour aller combattre en Espagne le géant Gérion, s'arrêta chez ce prince, qui avait une fille nommée Celto. La princesse s'enflamma pour le demi-dieu , et en eut deux fils , dont l'un fut nommé Galathes , et l'autre porta le nom de sa mère. De Galathes vinrent les Gaulois, de Celto les Celtes; et, d'après cette tradition, les Bretons, qui sont une race

LIVH£ PABMIËa. II

celtique 9 tenaient leur nom de Britannus^ leur origine d'Hercule, et par conséquent de Jupiter. Une autre version tx>ute différente les fait remonter à ce même dieu. C'est celle que nous a transmise un archidiacre de Montmouth nommé Galfnd, ou Geoffroi (i), écrivain du la® diécle, lequel, sur la foi d^un manuscrit en langue bre» tx>nne, a rapporté l'arrivée d'un certain Brutu^, arrière petit-fils d'Énée, dans l'île d'Albion, à laquelle il donna son nom, après avoir détruit les géants qui habit£dent cette contrée. Cette chronique présente la suite des rois de la jlimille de ce Brutus, depuis l'an du monde ^87^ (^) jusqu'au 4* siècle de l'ère chrétienne. Ces rois passèrent plusieurs fois la mer , et établirent diverses colonies dans la presqu'île qui se prolongeait vers l'oc*

(i) Voyez, sur cet auteur, la note a* de V Histoire de Bretagne de dom Morîce, t i®^, p. 877.

« Gaufridus Me dictas est cognomine Arturius pro eo quod

fabulas de Arturo expriscis Britonum Jîgmentis sumptas, ex

proprto auttaSf superductum latini sermotiis colorem honesto

historiœ nomine paliiavit. »

( Guillaume de Neubrige. )

(*) Il y a même un évêque breton qui nous a donné cette généalogie > en remontant, sans la moindre lacune, jusqu'à Adam. Elle est rapportée par l'historiographe de France Nicolas Vignier, p. 49 de son Traité de l'ancien état de la petite Bretagne, et du droit de la couronne de France sur icelle.

la HISTOIRE DE BRETAGNE*

cident, entre les embouchures de la Seine et de la Loire.

L'un d'eux, débarqué sur cette côte avec une grande armée, égorgea toute la population mâle, se fit roi du pays, lui donna le nom de Bretagne, pénétra jusqu'à la Loire , et y établit le siège de son empire ; mais il fallait le repeupler. Le conquérant fit venir de l'île trente mille chevaliers et cent mille guerriers bretons. Ces étrangers ne voulurent point s'allier aux femmes du pays. Il fallut en demander à la mère -patrie, et on leur envoya une colonie de soixante-onzemille vierges, parmi lesquelles il y en avait onze mille de familles nobles, et à leur tête la princesse Ursule, fille d'une rare beauté , destinée au chef de l'expédition, qui en était fort amoureux (i). Malheureusement toutes ces vierges furent englouties par la tempête, ou enlevées par des pirates. Les Bretons se virent réduits à épouser leurs esclaves ; mais ils prirent la précaution de leur couper la langue , de peur que leurs enfants ne parlassent l'idiome du pays (a). T^elle est la manière dont les anciens au-

( i) Hahebat autem Dionatus filiam mirœ pukhrùudinis , cuinomen Ursula , quam Conanus super omnia exoptave rat.

( Galfrid monumeth. , 1. 5, ch. i5. )

(2) Acceptis eorum uxoribus etfiliahus in conjugiumy omnes earum linguas amputauerunt , ne earum successio maternam

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