LIVRE PREMIER
portant des cierges allumés , et qui sortaient de la basilique des saints martyrs Rogatien et Donatien. Une kutre procession , venant de la cathédrale dans le même appareil , marcha à la rencontre de la première. Elles se saluèrent, se prosternèrent pour prier, après quoi on les vit se retirer. Aussitôt les ennemis furent frappés d'une terreur soudaine ; et lorsque le jour parut, on trouva le camp désert. Leur chef, qui se nommait Chillon , encore païen , fut si touché de ce miracle, qu'il se convertit, et, régénéré dans les eaux du baptême , il confessa à haute voix la divinité du Christ, fils de Dieu.
Dans ce récit la délivrance de Nantes est attribuée à une procession et non pas au roi Budic. Mais ce Chillon , chef des assiégeants , selon Grégoire de Tours , est le même que le Marcel qui fut vaincu par ce prince ; car Marcel ou Marchel ou Marchil , ne sont que le même nom auquel on a ajouté l'épithète de Grand (i). Ainsi c'est à Budic qu'appartient véritablement l'honneur d'avoir délivré Nantes après un siège de soixante jours, et le règne de ce prince commençait par deux brillantes expéditions militaires qui avaient éloigné les barbares.
Mais ces barbares, quels étaient-ils? L'histoire contemporaine ne les désigne pas assez nette-
(i) Mémoires de Galiet, chap. 4? §* 9-
ment pour donner à connaître à quelle nation ils appartenaient. A travers les pays occupés par les Bourguignons , les Visigoths , les Alains , et quelques peuplades belges et germaines, s'avançait depuis plus d'un demi-siècle la nation des Francs, 481. qui des bords du Rhin était parvenue, comme ÀTènement uous Favous dit, jusqu'à la Loire. Leurs établissements étaient encore peu considérables (1). Clovis, un de leurs cheÉs, qui, en 481 > avait succédé à son père Chidéric, était encore dans les plaines de Tolbiac en 496. Chrétien depuis cette victoire, il marcha rapidement dans les Gaules sur les corps des rois qui lui faisaient ombrage , et de tous ses parents assassinés.
L'histoire ne dit nulle part qu'il ait fait la 490. guerre aux Bretons. Cependant il est constant La Bretagne qu'uuc pcupladc de Fraucs vint les attaquer, et ^M R^M .' qu'elle fut vigoureusement repoussée , quoiqu'elle se fût opiniâtrée pendant sept ans dans ses efforts. Cette peuplade n'avait rien de commun îjue le nom avec la tribu dont Clovis était le chef; car, d'une part, cette guerre durait encore lorsque les
(i) Erat tune temporis patva res regum regnique Francorum : Childericus enim eo tempore Meroveifilius gentilium errori deditus imperabat Francis.
( Actes de saint Gildas de Ruis. Preuves de Thistoire de Bretagne de Dom Morice, 1. 1, p. 189. )