LIVRE PREMIER. gS
On S étonne aussi qu un écrivain , dont l'expression est en général exacte , ait dit qu'à partir de cette époque les Bretons furent appelés comtes et non rois ; comme si on pouvait dire que depuis la mort de Louis lY les Français ont été appelés rois et non empereurs.
Grégoire de Tours, si ce passage était de lui , serait en contradiction avec lui-même , car, dans la suite de son histoire , il appelle plusieurs fois la Bretagne un royaume.
Ces observations ont fait soupçonner que ce passage •pourrait n'être qu'une interpolation (i); mais en l'admettant comme authentique, en reconnaissant l'autorité du témoignage d'un historien vénérable et presque contemporain de Glovis , on a le droit d'examiner s'il ne s'est pas trompé.
Selon lui, les Bretons, ou plutôt leurs chefs, perdi- La Breupie rent leur titre de rois sous Clovis , ne portèrent plus * *dJ^^^" que le titre de comtes , et la Bretagne demeura sous la ^**^** domination de la France. Or, l'histoire est là pour attester que, même durant les dernières années du règne de Glovis, depuis la mort de ce prince jusqu'à celle de Grégoire de Tours, qui eut lieu quatre-vingt-un ans plus tard, et long -temps après, la Bretagne eut des souverains, que ces souverains portèrent le titre dé rois, qu'ils firent la guerre à la France et conclurent avec elle des traités , des alliances qui ne prouvent pas moins l'indépendance de l'un des deux royaumes que celle de l'autre.
(i) Droit public de la province de Bretagiie, chap.
La mort de Clovis arriva en 5ii.
Une émigration de Bretons insulaires eut lieu en 609, qui fonda à l'extrémité occidentale de la presqn'iie une colonie à laquelle plusieurs auteurs donnent le nom de royaume de la petite Bretagne. Selon ceux qui admettent cette distinction , il y avait à cette époque en Bretagne deux rois au lieu d'un. Le savant religieux à qui nous devons les premiers volumes du recueil des historiens de France, dit, après d'Argentré, que du vivant de saint Mélaine (qui était contemporain de Clovis) , il y avait dans la Bretagne armorique deux rois , l'un de la race de Conan, l'autre de celle de Rivallon (i). Le nom même du prince qui succéda immédiatement à Budic en Sop et qui recouvra ses états en 5i3, prouve qu'il n'était pas déchu de sa dignité , car on l'appelait Rioval, ce qui veut dire le roi Hoel (2). Un concile fiit
(i) Erant sancù Melcmii œtaiCy ut auctorest Argentreeus^ duo in Britannid Armoricâ reges , unus è Conani, çlier è Rivallonis prosapid,
( Recueil des historiens de France, t 3, p. SgS.)
(2) Mémoires de Galle t, chap. 4j S- 16. Plusieurs auteurs qui nient l'existence des rois bretons parlent de Rioval, sans s'apercevoir que ce nom seul peut servir de preuve contre leur système. Ici nous remarquerons que le nom de Ripoal, qui dérive évidemment de Rioval, n'est pas moins commun en Bretagne, et surtout dans la partie qui a conservé son ancienne langue, que ceux de Conan et de Salaun. C*est ainsi que la trace de la dynastie armoricaine, de la royauté, et par conséquent de l'indépendance politique du pays, se retrouve non-seulement dans les chroniques, mais jusque dans les noms des particuliers. Ces noms historiques sont une sorte de monuments confiés à la garde des familles.