LIVRE PREMIER
pays avait. des rois? S'il Ta su, il na pu dire que ce pays n'avait que des comtes : s'il la dit , il s est trompé.
Les témoignages des temps postérieurs sont encore plus nombreux, plus décisif s , plus unanimes. Tous réfutent victorieusement lassertion qu'on attribue à l'archevêque.
Après Hoel III, Salomon II, son fils, monte sur le trône en 612 et conserve le titre de roi (i). Il transmet en 63a sa couronne et son titre à son frère Judicael, qui fut traité en souverain par le roi Dagobert, et qui
(i) Exin nutriti sunt pueii ut regium genus decebat,.,,, Miserunt eos^ parentes ad Salomonem regem Armoricanorurn
Britonum Itaque diligenter ab eo in familiaritatem ipsius
accedere cœperunt ita ut non esset alter qui posset curn rege autesse secretius aut loqui jucundiiis Caduallo apud se délibérât quod Salomonem regem Armoricanorurn Britonum adiret..,,. Deinde venerunt ad Salomonem regem et ab illo
suscepti sunt bénigne Intereà applicuit Caduallo cum de-
cem millibus militum quos Salomon ei rex dederat,
(Geoffroi DE MoNTMOUTH, lîv. 12, chap. /|, 5, 6, 7, 8.)
« Salo&ion fut roi : il le fut de toute la Bretagne, comme son père. Il fut véritablement roi; ce n'est point une circonstance fabuleuse, un vain nom, un honneur chimérique, un titre supposé que Geoffroi de Montmouth ait donné de son chef et sans fondement à ce prince : car la Bretagne était depuis . long-temps un royaume, comme elle le fut encore quelque temps après. Elle avait été jusqu'alors gouvernée par des rois; j'en ai donné la liste. » (Mémoires de Gallet, ehap. 6, S. 8.)
9^ HISTOIEE DE BRETAGNE.
eftt qualifié de roi par saint Oiien , adon dumeeUer de France (i).
(i) Juthaîl Jllio suo Judicail regni gubemacula dereliquit post obùum, Sed idem Judicail ciun regnare cœpisset, etc. Amicus Dei rex Britonum Judicaelus magnis honoratus est muneribus ab ipso rege DagobeHo. ( We de saint Josse y Reraeil de$ historiens de France, t. 3, p. 619. )
Tampore Dagoberti régis Frmncoium, rex JuUcaeUts eoUo^ quendi gratid ad eum perrexit. (breoipAa, Acte» de saint Judicael. )
Indeque in crastinum Judicael rex Dagoberto valedicens in Britanniam repedapit; cofidignè tamen à Dagoberto muneribus honoratus. (Chronique de Frédégairey chap. 78.)
In crastinum valedieens Dagoberto régi pnemiisque regahbus ab eo donatus, in regnum suum est repersus, ( Autonr, de Çestis Francorum ^ 1. 4 9 chap. 29. )
Anno 643 , Dagobertus Vascones subigit. Judicail rex Britonum gratiam Dagoberti sibi redemit, ( Sigebkkt, ad annum 643.)
Commoratus ( EUgius ) ibidem ( in partibus Britannice ) aliquandiu rediens demiim perdaxit seeum regem [Britanniœ) cum muito exercitu generis sui. (Vie de saint Éloi, par saint Ooen, chap. i3. Recueil des historiens de France , t. 3, p. 554. )
« En ce point séjoumoit 11 rois ( de France ) en son pakds à Clippi. Ses mesages envoya au roi de Bretai§ne, etc. >» ( Chronique de saint Denis, liv. 5, chap. i5.)
« Il fut donc roi , fils de roi, descendu de la fÎEuiiiile ro^yale, héiider du royaume, dont il se croyait absolument le maître, puisque, dans le dessein de s*en défaire, il Toffiit à son frère Jndoc. » ( Mémoires de Gallet, chap. 6, §. i5.)
LtYR£ PREMIER. 99
Ob rapporte une ordonnance d'Alain II , successeùt* de Judicaely en 638, dans laquelle il s'intitule > roi par la graoe de Dieu , de Létanié ou des Bretons artnoriques (t) : mais quoique l'authenticité de cette charte ne doit pAs reeôkknue (a) , on n'eti voit pas moins les historietis et les critiques conserVer à Alain II le titre que cette charte lui donne (3).
Ajprès la mort d'Alain II , la Bretagne fut partagée entre plusieurs princes , qui ne pHrent que le titre de comtes» Deux siècles ^lus tard elle fut côtiquise par les armes de Gharlemàgpue ; mais biehtot aprèâ la ttijautése releva par l'ayénement de Nomenoé^ qui , vêts l'an 84S j se fit sacrer à Dol et obligea les suceesseuts de Gharlemagne. à le reconnaître (4):
Son fils Érispoë lui succéda etl 8S1 , et daiis Uh traité que Gharles-Ie-Chauve conclut à Angers avec de prince,
(i) Bertrahd d'Argentré^ Histoire de Bretagne.
(4) Voyes8, sur ce sujet, la hofe 36 de l'tiistoire de Éretâgnë de bom Mdfice, t. i , p. 364.
(3) Ut igitur inter kos et alios gemitus in Armoricum littus appuisus fuit y venit cum totd multitudine sud ad regem Atanum, àiiomonis nepotem.
( Geoffaoi de Montmouth, Histoire de Bretagne, liv. la, ch. lé. ) Voyez les Mémoires de Gallet, chap. 6 , §. a3 , où il établit que le titre de royaume et de roi de Bretagne ne fut point éteint à la mort de Judicael, et les §. 124 9 s^*
(4) Voyez tous les détails du règne de Nomenoé dans la suite de cette histoire.
lOO HISTOIRE D£ BRETAGNE.
il fut formellement stipulé que celui-ci conserverait les honneurs et les insignes de la royauté (i).
Quelques années après, le même empereur ayant requis les secours de Salomon III , le qualifiait de roi des Bretons (2), et le pape Nicolas V^ lui donnait le même titre (3) ; et Salomon se croyait autorisé par les acquisitions qui avaient agrandi ses états, à ajouter au titre de prince de toute la Bretagne , ces mots et d'une grande partie de la Gaule (4).
Salomon III mourut en 874- Enfin, les guerres civiles qui désolèrent la Bretagne , les invasions des Normands et leur établissement dans le voisinage , occa«sionnèrent Textinction de la royauté (5).
(i) Art de vérifier les dates , t. 2, p. 898, et tous les auteurs, qui ont parlé de ce traité.
(2) Ce sont les propres termes des Annales de saint Bertin, adannum 878.
(3) Recueil des historiens de France, t. 7 , p. 406 et 408.
(4) Salomon Dei gratid totius Britanniœ magnœque pars Galliœ princeps. ( Dans l'acte de fondation de Tabbaye de Plélan. )
(5) Voici un passage qui tendrait à prouver que, beaucoup plus tard encore , un comte ou duc de Bretagne prit le titre de roi ; mais l'autorité que nous allons citer n'est pas assez grave pour en faire usage. Il s'agit ici d'Alain "V, qui mourut en 1040.
«' Li queDs Alainz fu fort et fiers, Vaillant et noble chevaliers, Cil de Bretaigne Tennorèrent, Et roiz bret pour ce l'appellèrent; Qu*à lour dit est roy de Bretaigne; Quer nus avant de Charlesmaigne