‹ Histoire de BretagneChapitre 46 sur 192 · LIVRE PREMIER. lOI · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. lOI

Il semble que cette suite de faits porte dans l'esprit la conviction que la Bretagne a eu des rois pendant le règne de Clovis, pendant toute la vie de Grégoire de Tours et trois cents ans après. Des auteurs français eh ont nié l'existence^ mais un pareil système n'est pas soutenable. On trouve la plupart de ces rois nominés et ainsi qualifiés dans une multitude d'historiens dont on ne récuse pas le témoignage. 1} était naturel que ce titre eût été donné originairement aux chefs de la nation armorique ou bretonne, car il était en usage parmi les nations barbares (i); et quand on parviendrait à dépouiller de ce titre une partie des princes qile nous avons indiqués , il suffirait qu'il en restât quelques-uns pour prouver l'existence des autres : car de ce que l'existence d'un prince est ayérée , il est permis de conclure qu'il a eu des prédécesseurs ou des successeurs. Ainsi il ne s'agirait plus que de savoir si les Bretons en ont eu douze , ou plus 9 ou moins , ce qui est aujourd'hui assez indifférent.

Il est donc constant que les souverains de la Bre-. tagne ne perdirent point leur titre après Glovis ; que par conséquent on ne saurait donner ce changement de titre, qui n'a pas eu lieu, comme un effet et une

Ne n^ont tenus si fièrement Bretaigne tout et fermement. »

( Manuscrit du roman de Rou, cité dans le Recueil des historiens de Fraace, t. xi, p. 3a5. )

(1) Voyez Tabbé Dubos, Histoire critique de la monarchie française, liv. 3 , art. 4 , t. 2 , p. 61 et suiv.

lOa HISTOIRE DE BRETAGl^TE.

preuve de la conquête (i). Quand ce§ rois auraient r^ett^ifîenl cliangéde titre, la eoaquèie.n'ei»sdvaitpa8

(i) Mézerai se tire de cette dif&culté comme on va voir. « Certes il est très-nconstant qu'il y eut des rois en cette province dès le 5* siècle, et il parait quelques bluettes de vérité dans les narrations de ces historiens; mais elle est offusquée de tant de contes et smachronisB^s, qu'il vaut mieux laisser ces choses-là pour tellea qu'elles sont , que de perdre le temps à left démêler. » Ou peut concevoir que l'auteur d'une Histoire générale de France 9k p rô ce parti ; vms^ dan» une Histoire spéciale de la Bretagne, il n'y avait pa$ moye^.. de $e dispenser d'examiner si ce pays a été libre , s'il a été conquis par Clovis, s'il a eu des rois. On conviendra sans peine qijie les matériaux de cette histoire sont fort confus , même après le travail des habiles critiques qui ont cherché à les débrouiller. Il faut s'être imposé la loi de présenter une suite de faits clairs et naturellement enchaînés , pour ne pas renoncer à chercher des notions précises sur un état de choses qui re^monte, à des temps si anciens. Il n'y a presque point d'auteurs eoBtemporaiiis. Ceux^qui appartiennent à des époques reculées sont fort obscurs, parce qu'ils étaiisnl; en géiéral ft^t î^iorantsc Ils défigureojt les noms propces, chacun à leur manière , a^ po^nt de les rendre méconnai^ables, Leufs indications géographiques sont toujours vagues. Leur chronologie est encore plus incertaine, et il n'est pas rare de les voir différer de plus d'im siècle sur la date d'un événement. Mais voilà précisément pourquoi l'histoire est autre chose qu'une narration ; voilà ce qui en ûiit une science , et ce qui excuse peut-être ceux qui se sont feit un devoir de chercher la vérité, hHsquils inlervompatt le ré«it pour établir les preuves de quelques faits importants.

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nneuA frowtée^ car il né fiMit p«s atlteher une trop gfandenoportaiice à œtte dënomxikstîoKi* Les éomains fraiifaift qak se sont jeté» dans cette, Gontrovecse ont tort de YOttloîr tirer de ce changement une conséquence ONOtre rindépendance des Breton» : îb auraient pu se rappeler qjoe les ^efs des Francs ettX- mêmes na« valent porte quelquefois que le titre de due (i).

liai» sans bous occuper du titre que portsèrent les chefr de la nation bretonne, cherchons dans les rap« ports quib eurent «rec la mpnarchkr française, après le règne de Glovis ,. si ce prince avait anéanti leur indépendance.

L'exercice de raatoritésouverainef indépendante^ se , ^«^/^'j,

'F ' furent inde-

mawrifeste an^dchors par la guerre^ les traités j ao^dans p«ndants do par lea actes qai n'appartiennent qu*à la pnissanee suprême^ comme la ttansimssion de la couronne , la lé* gidatàoa, Ifadnrâistration des parties importantes de l'organisation sociale, telles que ht religicM', ks monv naîffs f les finances.

Nous allons montrer rapidement que les souverains de la Bretagne ont etercé tous^ ces droits ; mais ivem nouS' bornerons k indiquer tes fitits, poixr ne pas an^ ticiper sur le récit des événements de (^aqne règne.

Hoel F' qui y par la mort de Budic, Son père, se tnnxva appelé à la couronne en $09, était alors dans la GramleMBretagne. Il fit un traité avec un des$ rois de rHe qm lui fournit des trempes et chassa les Frisons , qui aivaient envahi la frontière de se» états* Si on

(1) Sufpicius Alexandre, cité par Grégoire de Tours.

en -croyait les choniques . bretonnes , on ajouterait: que de^ concert ayec le roi Artur son allié, il. avait porté ses armes jusqu'aux bords de la Méditerranée; mais il suffit de faire remarquer que précisément à la même époque où les historiens français disent que FArmorique Tenait d'être soumise par Clovis, les écrivains bretons font conquérir toute la .Gaule par les rois de la grande et de la petite Bretagne. L'un de ces événements nest pas mieux prouvé que lautre. A la mort de HoelI% qui arriva en 54^ > cinq de ses enfents se partagèrent la Bretagne. Ni pendant ce long règne , ni à l'occasion .de cette succession , on ne voit la France intervenir dans les affaires du pays.

Une guerre civile fut la suite de ce partage. Ganao, l'un des frères , usurpa l'héritage des autres en les. faisait mourir. La France donna asile au seul compétiteur qui restait pour disputer cette couronne;. Gànao, par représailles y accueillit dans son camp le fils du roi de France, révolté contre son père.. Les. Français remportèrent une grande victoire, dans laquelle l'usurpateur et le prince rebelle perdirent la vie ; et après cette bataille si décisive , les. princes bretons, se partagèrent encore la Bretagne.

L'un des plus puissants ,. le comte de Vannes, entra dans les querelles des successeurs de Clovis. Battu par Ghilpéric, roi de Soissons, il termina la guerre par un traité, toiu'na ses armes contre les rois de Paris et d'Austrasie, et défit deux fois l'armée du. roi. d'Orléans.

Le roi Hoel III continua la guerre contre les Fran-

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cais, et remporta sur eux des ayantages considérables qui lui procurèrent la jouissance non contestée de son autorité pendant un règne de vingt ans.

Son successeiu* Judicael réconcilia son pays- avec la France , quequelques courses des Bretons sur les frontières avaient irritée; et invité par le roi Dagobert à se rendre à sa cour, il y conclut en personne un traitéde confiédération. Voulant abdiquer sa couronne, il se crut en droit d'en disposer^ et Toffrit à un de ses frères , qui refusa de l'accepter.

Le règne du faible Alain II , qui dura cinquantedeux ans , livra la Bretagne à de nouvelles discordes qui favorisèrent l'invasion des. armées, francises.' Ce prince est cité pour avoir fait frapper des monnaies d'ot et d'argent, ce qui était le privilège des rois. Morvan , comte de GomouaiUes , est tué en défendant son pays.

Yiomarch, qui lui succède, soutient la. guerre pendant deux ou trois ans contre Louis-le-Débonnaire.

Enfin Nomenoé parait , s'empare de la couronne , réunit toute la Bretagne sous ses lois, fait des excursions dans le Maine , dans le Poitou, détruit plusieurs armées de Cfaarles-le-Ghauve , et la bataiUe. dé Ballon décide de l'indépendance de la Bretagne. Le. nouveau roi met à profit les loisirs de la paix; il réforme le clergé, nomme et dépose des évéque$, institue des sièges épiscopaux, affranchit ses provinces de la juridiction du. métropolitain de Tours ; engagé dans une nouvelle guerre, il s'empare des villes du Mans et d'Angers; enfin la mort le surprend à Vendôme, marchant au cœur de la France.

ro6 HISTOI&B DB BRETJLGJVE.

Son fils Érifpoé force, par «iiiiS victoire signalée ^ Gharles^e-Chanve à signer la traité àlAngws et i lux donner des pMmnces. Ib se conCédèrent contre les Normands , et use alliance ômentée par le mariage projeté de leiurs en&nta réeoneilîe les deux rois.

Snfi» Saiomon III , qaâ toeÉrispoéy son eousm ^ fiairr ▼ortse fat rébelUon du fiAs de Charles^ Puis il traite aTee le père, qui réc^me son secoura contre leaKormanda, et Gharles^le-'Ghauve achète ee secours pav la cession: de Goutances, d'Avranches et duCoteatioL Ceoiledéffé at^ee rampeseur, Salomon Êuit sa paix séparée avec les Normands sans* le consulter.

Ton» ces actes de divers rois bsetons attestent y sans

doute 9 km ittdépendaaiee. Je me faâte d'ajouter ^W

B6 £âut pas en conclure que^ dieptûs Claris jusqu^à la

fin àag^ sicNsie^ la France n'eût hât au<mK progrès et

•neht pas, à la fa<^eur dies circoiiistances, accpiis de lln-

fluenccsurla Bretagne, imposé des tributs sur queli»

ques^ c€MWCé^^ occupé des vill^ , reçu des serments^ On

trouvera ton» ces détaâk k leur place dans le eoms de

cette bistoive f mais^ ce que ]m expose suffit pour foire

juger s'il est vrai que, depuis Gkms, la Bretagne ait

été' toujours soumise au roi des Fnmçais^

Controrerse Cette ass6rtiot» de Grégoire de Tours, qui ne peut

^àeTTroii^ pas soutenir rexsmeiv^ était tellement oootredite par

^'^pa"^"* des faits notoires , qjue ceux qui étaient dél^rmiiiés à

la France ï'adtaîetire ont été bfén embs^rassés^pour en fiiireusaire.

sur * O

la Breugne. G'cst uB (ain si important dans f histoire qise lat sou«* missîo» d'un peuple , que, pour avoir le diroit de l 'affirmer , il faut au moins être en état de dire comment

opinion auteurs

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