LIVRE PREMIER
rapporté par plusieurs historiens,. et il n y. a. point de raison pour le révoquer en. doute;: quant à leur. alliance avec Clovis, il n'est pas impossible que ce chef les eût mis dans ses intérêts, et leur eût indiqué la Bretagne, comme le but vers lequel ils devaient diriger leurs efforts. 11 était dans la destinée de ces peuples bataves de. s'accommoder avec les conquérants de la Gaule.,. et de. leur servir d'instrument pour subjuguer les autres peuples : ils. n'en -avaient pas agi autrement avec Jules César.
Cependant, si c'était à l'instigation de Clovis que les Frisons avaient envahi la Bretagne; s'ils ne l'avaient envahie que pour le roi des Francs ; on ne peut que s'étonner de voir que lorsqu'ils en furent expulsés par Hoel en 5i3, Clothaire, fils de Clovis, envoya témoigner au vainqueur la part qu'il prenait à ses succès , désira le voir, et fit avec lui un traité d'amitié (i). Com^ ment concilier cette politique de Clovis, qui profite de la conquête des Frisons , avec cette conduite de Clp-r thaire, qui se réjouit de leur défaite?
Quoi qu'il en soit, on ne saurait de bonne. foi révoquer en doute leur irruption dans la Bretagne. Jus-p qu'où s'étendit cette invasion ? Les indications les plus positives qui peuvent fournir de quoi répondre à cette question, sont que les Frisons occupèrent la Létanie,
(i) Clotaire, qui lors régnoit en France, informé de (tes explois ( de Hoel ), désira voir ce prince, qui alla le trouver à Paris. Ils lièrent amitié et se firent des présens réciproques, ( Mémoires de Gallet, chap. 4» §• i?- )
Il8 HISTOIRE DE BRETAGNE.
c*est-à-dire la frontière orientale du pays , cette partie de b Bretagne dans laquelle les Romains avaient établi des létes ; il y a une chronique qui dit qu'ils s'avan^ cèrent au-delà d'Aleth. Aleth était sur cette même fron* tière du côté du nord, près de la place où a été bâtie depuis la ville de Saint-Malo. Les modernes ont agoùté qu'ils durent occuper aussi Rennes et Nantes. Cela est possible : Aleth , Rennes , Nantes, étaient les trois places , qui, du notd au midi, fomiaient la frontière entre la Bretagne et la Gaule. Cependant ceux qui comprennent Rennes et Nantes dans la conquête des Frisons, ne f affirment pas d'après des témoignages. Ib le soupçonnent par induction, d'après une circonstance que nous aurons occasion d'apprécier.
Au surplus, il serait difficile de croire que cette tribu des Frisons se fût avancée fort au loin dans un pays âpre et couvert de bois , puisque cette guerre ne dura que quatre ans ; l'occupation d'ailleurs n'ayant été que momentanée, il importe assez peu qu'elle ait été plus ou moins étendue.
C'est à la faveur de cette invasion qu'on veut que Glovis ait établi des lieutenants dans le pays , y ait fait battre monnaie et se soit fait reconnaître pour souverain .
Si les Frisons étaient envoyés par lui, il est tout simple que leurs chefs aient été considérés comme ses Ueutenants. Ainsi les deux faits se réduisent à un seul, et l'un ne peut pas être donné comme la preuve de l'autre.
Si Clovis avait été reconnu souverain de la Bretagne, parce que les Frisons en avaient conquis une partie,