LIVRE PREMIER. l3l
« Vous n'ignorez pas que dans les premiers temps de b domination des Francs il s elera des réclamations au sujet des limites , tant de leur part que de celle des Bretons , et que les Francs retinrent certaines parties du territoire en litige, et cédèrent. le reste (i). » Qui parle ainsi ? Une assemblée d'évéqnes français réunis à Paris en 849-
Ainsi, après une guerre dans laquelle l'aTantage était demeuré aux Bretons , ces peuples s'étaient réconciliés avec les Francs par un traité ; ce traité avait déterminé leurs limites : de quelles limites s'agissait-il? D'upe part , nous avons vu que les Francs s'étaient avancés jusqu'à Angers. De l'autre ^ le roi Audren avait fait des incursions sur le territoire des Alains qui occupaient les bords de la Loire : Érech , son fils , battu dans le Berri par les Yisigoths, s'était vu obligé de rentrer dans les limites de la Bretagne; mais Budic, frère d*£rech, avait recouvré le pays conquis par Audren , leur père , en remontant la Loire vers la Mayenne. Enfin, l'histoire nomme un chef des Francs qui prenait le titre de roi du Maine , et dont Clovis se débarrassa en le faisant assassiner. Il parait bien vraisemblable que cette frontière du côté du Maine était l'objet du litige entre les Francs et les Bretons , et que ceux-ci en cédèrent une partie.
( I ) Nec ignoras quod cerd fines ab exordio dominationis Ftan^ coramfuerinty quos ipsi vindicaverunt sibi, et certi quos peiâi tibus concesserunt Britannis. ( Loup, abbé de Ferrières, epist 84, collection des conciles, t. 8, p. 58 et 61. )
l3a HISTOIRE DE BRETAGNE.
C'est à cette cession consentie par un traité, que la force n*aYait point imposé , et à Toccupation momentanée de la frontière orientale par les Frisons, qui en furent chassés >au bout de quatre ans, que se réduisent tous les faits sur lesquels on a établi Tédifice des droits de la monarchie française sur la Bretagne. Dans tous ces récits , le nom de Clovis ne se rencontre nulle part.
logement J^ hasarderais cette conclusion avec moins de con- Gaiiet ^ fi^nce^ si elle n'était celle d'un homme aussi impartial que
sur cette savant et judicieux. « 11 est certain , dit l'abbé Gallet (i) ,
contTOTerse. ^ ^ ^
que depuis l'an 496 , les Français se rendirent maîtres
(i) Mémoire sur rorigine des Bretons, chap. 4» S 12. Cet ouvrage est le plus méthodique , le plus lumineux qui ait été écrit sur cette matière. Quoique l'auteur fut Breton , il n'en est pas moins impartial. Le livre, quoique polémique, n'en
est pas moins sage. On ne peut lui reprocher que de la prô-
lixité. L'abbé de Vertot en a publié un sur le même sujet : l'esprit y abonde , mais il devient de la subtilité : l'érudition n'y manque pas, mais elle n'inspire ni ne mérite la même confiance que celle de Gallet. L'abbé Desfontaines a inséré les mémoires de celui-ci , mot à mot , en entier, dans son Histoire des ducs de Bretagne , dont ils remplissent les deux derniers volumes. A dire vrai, il ne s'en donne pas pour l'auteur, mais il ne le nomme pas, et il laisse entendre qu'il a fallu y faire beaucoup de corrections. Cette espèce de plagiat n'a pas été inutile, car jusque-là ces mémoires n'avaient pas été imprimés : l'auteur était mort en 1726. Dom Morice en a donné une édition beaucoup meilleure à la suite de son Histoire de Bretagne.