‹ Histoire de BretagneChapitre 58 sur 192 · LIVRE PREMIER. I · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. I

(Itt Maine , soit de force , soit apparemment en vertu du traité fait entre eux et lés Armoricains, dont parle Procope, soit parla soumission des garnisons romaines, qui livrèrent à ce peuple les places qu'elles avaient défendues jusqu'alors pour les empereurs. En effet, on lit que Rignomer , un des rois français , portait dans ces mêmes conjonctures le titre de roi du Mans : ce qui fait voir que les Bretons n'en étaient plus les maîtres. Mais aussi Budic défendit toujours avec courage, et conserva jusqu'à sa mort, le pays renfermé dans les premières bornes de l'ancien royaume armoricain , depuis le mont Jou , qui est le mont Saint-Michel, jusqu a Nantes. Les Français, qui furent désormais ses voisins les plus à craindre, ne purent jamais forcer ces barrières. »

Telle est Topinion des écrivains qui se sont attachés à écrire l'histoire , en remontant autant qu'il est possible aux témoignages contemporains et aux documents originaux (i).

(i) L'auteur de l'Histoire des Français, M. Simonde Sismondi , dit, en parlant d'un événement qui se rapporte à l'an 56o , c'est-à-dire postérieur de cinquante ans à la mort de Clovis, que jusqu'alors la petite Bretagne n'avait pas été soumise par les armes des Francs. ( l'^part., chap. 6. )

L'auteur revient sur ce même fait, t. 3, chap. 7, en parlant de l'état de la Gaule relativement aux Francs qui en avaient conquis la plus grande partie. « Il y avait, dit-il, dr petits peuples qui ne se confondirent point avec les Francs ; ainsi les Frisons autour du Zuyderzée, les Bretons dans TAr-

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Enfin, quand il serait vrai que le passage attribué à Grégoire de Tours prouvât la conquête de la Bcetagne . par Glovis, il ne résulterait pas de ce témoignage/ que la soumission eût duré jusqu'au commencement, du 7^ siè* de, puisque le témoin était mort avant la fin du 6^ : de même que la dénomination de comtes, que les historiens français affectent de donner aux souverains de la Bretagne , n^empéche pas que ces princes n'aient porté et reçu des rois de France eux-mêmes le titre de rcâs.

Mais Fesprit de parti qui s*est feit un point d*honiieur

de défendre un système, est inépuisable en arguments.

Il nous reste à examiner de bien autres ass^tionjs et

d'étranges théories.

à^eS°qui Pour établir plus facilement les droits de la France

prétendent ^^p j^ Bretagne, les antagonistes des écrivains bretons

qne la ?7 ' o

Bretagne

n*avait

jamais moriqiie, les Gascons dans les Pjnrénées, demeurèrent libres

été libre. f t t >n \

et en état de se défendre, parce que, sur un même espace de terrain , ils étaient infiniment plus nombreux que leurs voisins, qu'ils avaient tous des droits et des intérêts à protéger. » L'historien de la conquête de l'Angleterre par les IHormandsy n'est pas moins positif. Après avoir parlé de l'inva* sion des Francs dans les Gaules, « Telle était, dit M. Thierry, liv. i®^, la domination sauvage qui s'étendant du Rhin aux Pyrénées , parvint à cerner de toutes parts le coin de terre occidental où ^'étaient réfugiés les Bretons. Des gouverneurs francs s'établirent dans les villes de Nantes, de Vannes et de Rennes; ces villes payèrent le tribut aux rois francs; mais les Bretons refusèrent de le payer, et seuls ils osèrent tenter de soustraire leur petite contrée au destin de la Gaule entière. »

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commencent pac nier que cette. proYuice ait jamais été liiH*e. Depuis César, disent-ils ^ elle était restée sous le jong des- Romains. Dans la suite elle fut soumise parles foeton& insulaites* Dans chaque inTasion de ces peuples, ils ne veulent voir qu'une conquête f dans chaque colonie fondée par ces étrangers, quun gou«vernement dont les indigènes ^avaient accepté la domination. Mais enfin, de l'occupation des Romains > de rinvasion des insulaires, il ne résultait aucun droit pour la France; il fallut avoir recours à un autre pa<» radoxe > et avancer que ces insulaires eux • mêmes ne s étaient établis sur le continent qu avec la permission des rois Francs , et en se soumettant à: leur autorité. Cependant , si TinVasion de Fempereur Maxime et de Conaai avait eu lieu en Tan 3fi3 , elle se trouvait an* térieure d*un siècle à Tapparition de Clovis, et même de son père, dans les Gaules. Pour fonder les droits des Franès sur TArmorique, il faudrait donc, ou qu'ils en eussent chassé les insulaires , ou qu'ils l'eussent oc* cupée avant eux: L'expulsion des insulaires ne se trouvant rapportée nulle .part^ il n'y. avait plus qu'un parti à prendre^ celai de soutenir qiie ces insulaires n'avaient pas été les premiers occupants ; et dans cet objet on établit une controverse sur l'époque de leurs premières invasions sur le continent , les reculant jusqu'en 44^ ? en 4^8 7 ^^ 4y<>j ^^ même jusqu'en 5i3 (i).

(i) Voyez la démonstration de la proposition contraire dans les mémoires de Gallet, chap. i®', § i, a, 3, 4> 5, 6, 7 ; chap. !i, S I, 2, 3, 4) 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, i3; chap. 3, § i, 2,3,4, 5, 6, 7; chap. 4, S^

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Le pays Dans cette manière de raisonner, on réduit b ques- ?mre1^ tion à savoir quels étaient les premiers occupants. Les in^lnêir î^^^^gènes sont comptés pour rien. Il semble qu eux seuls ne pussent avoir aucim droit sur la terre qu'ils cultivaient; et que les droits politiques ne pussent dériver que de la guerre. On part de ce principe « point d'état sans conquérant , » comme on a établi plus tard la maxime « point de terre sans seigneur. »

Il est vrai qu'on est allé jusqu'à dire qu avant l'une ou l'autre de ces invasions le pays était désert ; mais les monuments qui subsistent encore attestent que, dans des temps bien antérieurs, il avait une population nombreuse. L'histoire romaine prouve que la presqu'île était peuplée lorsque César entra dans les Gaules; et depuis cette époque jusqu'à l'arrivée des Bretons ou des Francs, l'existence de la nation armorique ne saurait être révoquée en doute.

Caractère Si donc l'Armorique avait des habitants, de quelle

des diverses ^ * ^ .

émigrations manière les étrangers purent -ils acquérir des droits

des Bretons . . ^

insulaires, sw* SOU temtoirer

On a vu dans le cours de cette histoire comment ils s'y présentèrent. D'abord ce dirent des Bretons insulaires qui , chassés de leur patrie, abordèrent sur ces cotes, pendant que les Romains y exerçaient le droit de souveraineté. Les empereurs leur permirent de s'y établir, leur distribuèrent des terres; mais certainement, en leur donnant asile , ils ne se dépouillèrent pas de la souveraineté en leur faveur. Tel fut le caractère des premières émigrations.

La domination des Romains a avait pas encore cessé,

LIYHE PREMICR. iS^

qu'on vit une autre irruption beaucoup plus considélable. Celle-ci était £adte à main armée ; elle était con* doite par Maxime. Il ne s'agissait pas de la conquête derArmorique, mais de Tempire. Maxime, en sa qualité d'empereur, établit un gouTerneur dans cette prcH vinoe, et ce gouTemeur fut un prince bnston. Vingtsept ans après, la province, menacée par les barbares et abandonnée par les empereurs , se détacha de Tempire qui ne pouvait la défendre, et reconnut pour roi le prince breton qui la gouvernait. Dès4ors les Bretons eurent une existence politique dans le pays. Confondus avec les Armoricains, ils jouirent les uns et les autres de l'avantage de former un^tat indépendant. Les émigrations des insulaires se multiplièrent , parce que les malheurs de leur île- les obligeaient à en sortir, et qu'il était naturel qu'ils se réfugiassent de préférence sur une terre 'gouvernée par un de leurs compatriotes.

Ces émigrations de fugitifs, faites avec désespoir, accompagnées de cris lamentables, avaient évidemment un caractère pacifique (i). Les habitants du pays, qui les accueillaient avec pitié , ne jrecevaient pas en eux des vainqueurs.

La presqu'île, peuplée d'Armoricains indigènes, de

( i) « De nombreux vaisseaux de fugitifs bretons abordèrent succ€ssivement à la pointe la plus occidentale de rAnnorique. û accord avec les anciens habitants, qui reconnaissaient en eux des fières d'origine, les nouveaux venus se répandirent sur tonte la côte septentrionale, etc. » ( fiListoire de la conquête de TAngleterre par les Normands, liv. i**", p. 28. )

l38 HISTOIRE D£ BRBTA«ir£.

Lëte» transplantes par les Romains , de soldats bretons venus à la suite de Maxime, et d'insulaires fiigitife, formait donc un état qui avait eu une suite de rois avant que les peuples francs parussent à l'extrémité orientale de la Gaule. Il feut bien accorder quelque temps à ceux ^ ci pour parvenir des bords du Rhin jusqu'à la frontière de ce royaume.

Clovis, qui avait succ^édé à son père en 4^1 , ^tait etlcore, en 49^ ) occupé à faire la guerre aux Tongriens ; eti 4^4 9 i^ s€ trouvait dans les plaines de Tolbiac, près de Cologne; à la (in de 49^9 U ^^ faisait baptiser à Reims. Il trouva donc, lorsqu'il arriva vers la Gaule occidentale, les Bretons insulaires établis depuis plus d'un siècle chez les Armoricains , confondus avec eux^ et Constitués les uns et les autres en état indépendant. Que devient, d'après ces faits incontestables, le- para** doxe avancé par iabbé de Yertot, que les Bretons insulaires ne s'étabUrent sur ces côtes qu'avec la permission desf tdis Francs et en se soumettant à leur domination P

Il y a plus : de nouvelles émigrations de l'île vers le cohtiïifént eurent lieu pendant les dernières années du règne de Clovis : l'une en Sop (i) , c'est-à-dire à l'époque

(i) Le chevalier Temple, dans son Introduction à l'Histoire d'Angleterre , cite une émigration qui doit avoir eu Ueu vers le commencement du 6^ siècle. De ce que celle-ci est rap* portée par un' savant critique ^ Tabbé de Vertot ( dans son Histoire de rétablissement des Bretons dans les Gaules ) conclut, bien k tort, que les autres sont fabuleuses. Il paraît que le chevalier Temple a voulu parler de l'émigration qui eut

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