I.IYRE SEGOITD. IQI
établis dans les marches, pour répondre de la soumission des Bretons.
L'abbé de Ver tôt nous dit (i) qu'on voulut bien leur laisser des chefs de leur nation, afin que , femiliers avec la langue du pays , ils pussent rendre la justice; mais quelle que soit l'incertitude de tous ces détails, la conquête n'en demeure pas moins un fait incontestable, et ce Eût suffit pour expliquer les rapports de dépendance qui s'établirent bientôt après entre la Bretagne et nos rois, et la division de ce pays en plusieurs petites principautés.
On trouve dans quelques actes de ce temps , c est-à-dire du 9® siècle , des titres qui paraissent n'avoir été en usage que parmi les seigneurs bretons : celui de tyran ^ et celui de mactierne. Le premier était emprunté de la langue des Romains ; le second signifiait, dans l'idiome du pays , fils de prince (2). Ce titre de mactierne était porté quelquefois par des évêques , soit qu'il indiquât leur origine, soit à cause de la dignité de leur
été frappée par la flatterie : mais accompagnée de plusieurs autres preuves , elle les corrobore.
(>) Traité de la mouvance , p. 5a.
(2) lia première syllabe de mactierne a évidemment la Valeur du mah, qui, dans la (angue encore parlée en* basse Bretagne, signifie errant de tel ou tel, comme le mac des Calédoniens, qui remonte sans doute à la même origine.
J^ll HISTOIRE DE BRETAGNE.
siège. On voit, dans des actes, des femmes qui prennent le titre de tyrannisses ; ce qui prouve qu'elles pouvaient hériter des terres auxquelles ce titre était attaché.
Révoltes Pendant quatre ou cinq ans , les princes ou les
contre
les rois rois bretons , ainsi qu'on voudra les appeler, res-
de France. ^ . ^ ^^^ , a • 19
terent soumis a Charlemagne. A peine 1 empereur — eut-il cessé de régner, que Morvan , seigneur de comte de Léoii , soulcva Ics Bretous en 8 1 8 , prit le titre de ' roi, et refusa les tributs (i); mais, obligé de se replier devant l'armée de Louis-le-Débonnaire, il laissa Vannes à découvert, et les Français y pénétrèrent. Cette guerre, ou cette insurrection, avait paru assez sérieuse pour décider Louis à s'avancer en personne jusqu'en Bretagne. Les forces étaient trop inégales pour que le comte de Cornouaille pût tenir la campagne devant l'armée impériale. Il fit la guerre de partisan, occupant les pays difficiles, se tenant dans les bois pour fondre à l'improviste sur quelques détachements isolés. Enfin, il périt les armes à la main en combattant pour l'indépendance de son pays. Sa tète
(i) Nuntiatur imperatori, inohedientiam protervia Britonum, qui in tantam eriiperant insolentiam ut unum suonm, Marmannum nomine, regem appellare ausi sunt, suhjectionemque omnimodis recusarint. ( Vie de Louis-le-Débonnaire, recueil des Historiens de France, t. 6, p. loa. )