LIVRE PRfMIER. JQ
Nous venons d'indiquer rapidement toutes les invasions que la Grande-Bretagne était destinée à subir. Pendant ces irruptions de l'étranger, la population plus anciennement établie dans Tile se retirait vers le nord ou dans l'ouest. Au nord , les montagnes de l'Ecosse lui offraient un asile : vers Fouest , les fugitifs trouvaient une langue de terre qui s'avance dans la mer à une assez grande distance, et dont .l'entrée était protégée par des montagnes et des marais. Refoulés dans cette position, désespérant quelquefois de pouvoir s'y défendre, ils se jetaient dans des barques et venaient chercher un refuge sur le continent.
Les mêmes causes avaient produit les mêmes effets chez les habitants de F Armorique , lorsque la terre leur avait manqué , pour fuir devant les Romains , et ensuite devant les barbares.
Ce sont là les émigrations que la vanité nationale a décorées du nom de conquêtes , et dont on s'est autorisé, dans Fun et l'autre pays , pour soutenir que Fun des deux peuples devait à Fautre son origine, son nom, sa langue et ses mœurs.
A dé&ut de monuments historiques , pour ap- Traditions puyer les antiques traditions dont les Bretons ^^^^^ *" s'enorgueillissaient*, leurs historiens ont cherché le merveilleux à d'autres sources; ils ont tour-àtour mis à contribution la fable , les livres sacrés , Fhistoire,- et, dans les temps plus modernes, les
ao HISTOIRE DE BRETAGNE.
romans de la table ronde (i), et les légendes, autre espèce de romans. Il ne faut pas s'en éton- . ner, les miracles et la féerie devaient tenir une grande place dans les souvenirs des Bretons.
Miracle». Leur pays est un de ceux qui peuvent se vanter d'avoir produit le plus de saints; ce qui prouve seulement que, dès les premiers siècles du christianisme, il possédait beaucoup de monastères. Il y avait entre les couvents une, grande émulation pour désigner à la vénération publique les personnages qui les avaient illustrés ; et comme dans ce temps-là les canonisations étaient prononcées par les églises et les évéqùes, sans le concours de la cour de Rome (a), elles devaient être beaucoup plus fréquentes.
Parmi les miracles que l'imagination se plaisait à multiplier, je n'en citerai qu'un seul, parce qu'il a un rapport immédiat avec l'histoire du pays, et parce qu'on le retrouve dans la Bible et dans les
(i) Qui etiam ( Gaufridus) majore ausu cujusdam Merlini dipinationes fallacissimas quitus utique de proprio plurimum adjecit, dum eas in latinum transfunderet , tanquam in authenticas et immobili veritate subnixas propheiias vulgavii,
( Guillaume de Neub&ige. )
(2) Le premier exemple d'une canonisation faite par le pape est celui de saint Udalric, évêque d'Augsbourg, qui fut canonisé en 993. ( Recueil des Historiens de France, t. 10, préface, p. Ixiij. )