LIVRE SECOND. 2O
aîné qu'il avait ne réclama point cette dignité, d'où l'on est en droit de conclure qu'elle n'était pas un héritage.
Charles et ses frères réunis à Thîonville, où ils avaient convoqué une diète de l'empire , lui firent en vain signifier l'ordre de renoncer à ce titre. Il l'appuya par les armes , et il fallut finir par reconnaître en lui une dignité usurpée.
Il y avait un moyen de la rendre incontestable , c'était de la faire consacrer par la puissance ecclésiastique : Nomenoé résolut de se faire cou^ ronner par le clergé. Cette cérémonie du couronnement était d'autant plus importante, qu'elle n'était en usage que pour les princes du premier rang (i), de sorte qu'elle constatait la royauté.
Mais la plupart des évêques de Bretagne , créatures de l'empereur, n'étaient pas disposés en fa- Xs^eu®, veur du nouveau roi. Pour s'en venger, celui-ci «^«^'^«^• leur suscita une accusation de simonie , dont un personnage à qui son zèle et sa doctrine donnaient une grande autorité, se rendit l'organe. Convoion, abbé de Redon, brouillé dès long- temps avec l'évêque de Vannes, sortit de son mohas-
(i) Le premier duc couronné qu'on voie dans Thistoire, est Boson, duc de Lombardie, frère de la femme de Charles-le- Chauve , et que cet empereur fit couronner en 876. Voyez l'Art de vérifier les dates , 1. 1, p. 4.
Accusation portée
aïO HISTOIBE DE BRETAGNE.
tère pour dénoncer les prélats qui avaient trafiqué des ordinations. L'accusation n'était pas sans fondement. Le prince parut aussi étonné qu'indigné du crime qui lui était déféré. Une assemblée fut convoquée, dans laquelle on indiqua les témoins qui devaient prouver la simonie , et on cita tous les canons qui la punissaient. Dans l'espérance que le saint-siége prendrait cette affaire avec chaleur, la cause fut portée à Rome. Convoion d'une part, et de l'autre deux des évêques accusés, s'y rendirent; ceujt-ci, dans leur défense , s'attachèrent moins à nier les &it5 qu'à les expliquer.
Le pape s'exprima sur la simonie avec une vive indignation , et déclara que les coupables devaient être dépouillés du caractère épiscopal ; mais il éluda l'application de la peine , en ajoutant que la déposition ne pouvait être prononcée que dans une assemblée de douze évêques; que le tait, pour être déclaré constant, devait être attesté par soixante-douze témoins dignes de foi (i); et que dans tous les cas , on ne pouvait refuser aux condamnés le recours à la cour de Rome. C'était de
(»)CeHe décision est rappelée dans une letlre du pape Hicolas I" à Salomon. Recueil des Historiens de France, t, ^, p. 407. Voyez aussi Dom Morice, Histoire de Bretagne, preuves, t. i, p. 289.