LIVRE SKCOND
prince aussi illustre que Charles-le-Chauve , héritier et petit-fils de Charles-le-Grand. »
Cette pièce , qui n'est point le texte même de la réponse du pape, mais un récit de Fauteur, ne porte aucun caractère d'authenticité. Cet auteur est inconnu; sa partialité se décèle par les titres injurieux dont il qualifie Nomenoé; il rapporte cette réponse sans nous dire d'où il la tient. Voilà pour l'origine de ce document : quant à son contenu, le pape aurait eu tort d'ignorer que plusieurs princes bretons avaient porté le titre de roi. Quinze ans après , le pape Nicolas V^ ne fit pas difficulté de le donner à un successeur de Nomenoé. Enfin , la narration se termine par une contradiction, car la chronique ajoute que le pape accorda à Nomenoé le titre de duc de Bretagne, et lui envoya le cercle d'or, insigne de cette dignité; ce qu'il n'aurait pas dû feire, si ce prince n'eût été qu'un usurpateur, et si la Bretagne eût dépendu de la France (i).
(i) Pour juger de Tesprit dans lequel écrivait l'auteur de cette narration, il suffit de lire le passage suivant.
In mis Britannis nullus cultus religionis, nullus timor christianitaùs, nullus amor perfectœ dilectionis videtur IiaberL Nec leges custodiuntf nec prœceptis obediunty nec ullis décrétés intendunL Ipsiequidem in suâfirmitate confidentes sunt superbi et ultra modum elati, iracundiâ et dolo pleni, omnibus résistantes, rapinâ vivantes, sorores suas, neptes, consanguineas
Concile Depuîs Ics atteintes que le nouveau roi avait portées à l'inviolabilité épiscopale , le clergé était devenu contre lui l'auxiliaire naturel de Charles. Mais ce prince, alors engagé dans une guerre malheureuse contre son frère Lothaire, n'avait pas des forces disponibles à envoyer en Bretagne. Il se vit réduit à opposer à son ennemi les armes de l'Église. Un concile , assemblé à Tours, menaça des censures (i) ce fils de perdition, ce rebelle, infidèle à son roj , ce profanateur des autels , ce persécuteur, que les historiens bretons peignent comme un héros , comme le libérateur de sa patrie. Ces menaces ne l'empêchèrent pas de pénétrer sur les terres de France , de prendre successivement les villes du Mans et d'Angers , de se
atque aliénas mulieres, nihil timentes Deum adultérantes, necnon et kominum, quodpejus est, îibentissimè interfectores. Sicque un diabolici viri nullam justiciœ viam cognoscentes et in malitiâ sua persistentes, jus Turonicœ metropolis violentid sud exscissum, disruptum, atque parochiam Nanneticam, cum sede Quiriacœ aulœ, usque modo retinuerunt, nunquam inde pœnitentiam agentes,
(i) Voyez cette lettre dans la collection des Actes des conciles des Gaules par le P. Sirmond, Concilium Turonense IV ^ -t. 3, p. 60. D'Argentré la rapporte dans son Histoire de Bretagne, lîv. 3 , chap. 19, et Vignier, dans son Traité de l'ancien état de la Petite-Bretagne , p. 20a. L'abbé de Vertot Ta traduite dans son Traité de la mouvance de la Bretagne, p. 63, etDom Morice, Histoire de Bretagne, t. i, p. 40.