‹ Histoire de Bretagne. Tome secondChapitre 10 sur 392 · LA RÉSIDENCE DE MORVAN · texte numérisé non relu

LA RÉSIDENCE DE MORVAN

» guerre (1). » Lie seul grief précis, tangible, c’est le refus du tribut ; le reste de l’accusation — pure hypothèse — prouve au contraire que les Bretons n’avaient point engagé les hostilités. Witcar était chargé par l’empereur d’aller trouver le prince breton, de lui annoncer la guerre au cas où il persisterait dans sa rébellion, c’est-à-dire dans le refus du tribut, et de l’engager vivement à prévenir par sa soumission une lutte qui serait certainement sa perte. Avant de suivre Witcar dans sa mission, sachons où il va, cherchons la résidence de Morvan.

c II est un lieu, dit Ermold, bordé d’un côté par des forêts, de l’autre par un » fleuve agréable ; un lieu défendu par des retranchements, des fossés, des maré- » cages, souvent rempli de guerriers de toute sorte. Au dedans de cette enceinte 1 s’élève une belle demeure enveloppée dans les replis du fleuve. C’était là la » résidence préférée de Morvan, il pouvait dans cette forte position se reposer B en toute sécurité (2). »

Un peu plus loin on revient sur les marécages perfides [tremulœ paludesi, les forêts (saltus, nemmj, les retranchements (vallumj qui entourent et défendent la demeure de Morvan ou plutôt l’enceinte sous laquelle est enfermée cette demeure (3). Cette enceinte si bien remparée était fort étendue. Non seulement elle pouvait contenir, on vient de le voir, un grand nombre de guerriers ; il s’y trouvait aussi des vallées couvertes de buissons /dumosœ vallesj, dans lesquelles Morvan faisait d’ardentes chevauchées (4), et quand il sort de cette enceinte pour aller chercher les Franks, le prince breton recommande à ses serviteurs de rester tranquilles sans aucune crainte dans leurs bois (5). — Cette enceinte qui entourait la demeure de Morvan était donc un vaste camp retranché où pouvait tenir une armée.

On a voulu placer cette demeure au château de la Roche-Morice près Landernau, sous prétexte que les Bretons l’appellent aujourd’hui la Roche- Afori;a/i ;

(1) c En mea rura colit late .

Nempe tribnta vetat, nec non et prœlia temptat,

Atqne minas Francis mandat, et arma parat. t

(Ermoldi Nigelli De Rebus gestis Ludooici Pii, lib. III, V, 75, 77, 78.)

(2) c Est locus bine silois, bine flamine cinctus amœno,

Sepibus et sulcis atque palude situs ;

Intus opima domus, bine inde recurserat armis ;

Forte repletus erat milite ceu vario.

Hæc loca prœcipue semper Murmanus amabat :

llli certa quies, et locus aptus ërat. »

(Ermoldi Nigelli III, v. 93-98.)

Sepibus, ce sont des retranchements probablement couronnés de baies vives (sepesj; sulcis, ce sont des fossés. — Au 3« vers, recurserat est un mot qui n’appartient à aucune langue, pas plus au bas latin qu’au haut latin ; recurserat armis n’a aucun sens et exige une correction ; celle qui se présente naturellement puisqu’il s’agit de décrire le site de la maison de Morvan, c’est celle-ci : « bine inde recursitat amnis. » C’est suivant cette correction que nous traduisons. — Au 4« vers, forte repletus etc. se rapporte à locus, non à domus.

(3) Witcar dit à Morvan de n’avoir pas confiance, pour échapper aux Franks, dans les marécages et les forêts qui l’entourent ;

« Nec te decipiant saltus tremulœque paludes,

Cùm nemore et oallo sit tua septa domus. »

(Ermold, III, v. 237-238.)

(4) f Interca Murman, dumosis vallibus instans,

Acer equos agitai . » (Ermold, III, v. 363-364.)

(5) « Vos, servate domum, conjunx, proies, famulique,

Haud timidi, oestras frondigerasque casas. »

(Ibid. V. 369-370.)

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