REFUSE LE TRIBUT AUX FRANKS
tribut, mais ils attaquaient ou tout au moins menaçaient les populations gallofrankes de la Marche bretonne soumises à TEmpire ; ils avaient Taudace de braver les Franks, audace criminelle au premier chef qu41 fallait châtier le plus tôt possible.
L’empereur prie alors Lantbert de le renseigner sur les mœurs et la religion des Bretons. La réponse, telle qu’Ermold nous la présente, est curieuse mais fort peu favorable à ce peuple. Ermold — il faut le savoir et ne pas l’oublier — était un moine frank que Louis le Pieux avait, on ne sait pourquoi, disgracié et exilé à Strasbourg. En versifiant ce panégyrique de l’empereur, son principal but était de sortir de l’exil et de rentrer en grâce auprès du prince. Aussi, à l’entendre, tout ce que le prince a fait est excellent, admirable, parfaitement chrétien, légitime et vertueux. Comment justifier cependant cette expédition de Bretagne ? Car il parait bien, d’après les déclaratioqs de Lantbert, que les Bretons n’avaient même pas attaqué les Franks ; il insiste aussi fort peu sur le refus du tribut. Louis le Pieux n’en infligea pas moins aux Bretons, par son expédition, une punition des plus cruelles et des plus violentes. Ermold, avocat officieux de l’empereur, pour le justifier d’avance, n’hésite pas à calomnier atrocement ses victimes, leur imputant tous les crimes et tous les vices.
A en croire l’odieuse diatribe qu’il prête au comte Lantbert dans sa réponse à l’empereur, ces Bretons auraient été « une race menteuse, arrogante, rebelle, » perfide, chrétienne de nom seulement, sans rien de chrétien dans ses mœurs, » sans culte et sans églises. Chez eux le frère se marie avec la sœur, le frère » enlève la femme de son frère, tous vivent dans l’inceste et le crime. Ils sub- » sistent de rapines comme les bêtes féroces; chez eux toute justice est inconnue,
'6 il n’y existe pas de tribunaux (1). » Inutile de réfuter ces calomnies cyniques. Parmi ces grossiers mensonges il y a quelques traits curieux : c Ces Bretons, dit » Lantbert, se plaisent dans les buissons et cachent leurs demeures dans les bois.
» Leur roi se nomme Morvan (MurmanusJ, si toutefois on peut donner le nom de » roi à qui ne régit rien (2). » Ce dernier trait caractérise d’une façon malheureusement assez juste la déplorable répugnance des Bretons à s’unir sous le commandement d’un seul chef, répugnance qui devait cette fois encore leur être fatale.
L’empereur, sur le rapport de Lantbert, ayant résolu de remettre les Bretons sous le joug, voulut d’abord essayer d’arriver à son but sans coup férir. Il députa vers Morvan un abbé frank du nom de Witcar, dont le monastère possédait des biens voisins de la frontière bretonne et qui avait eu à cette occasion des rapports personnels avec le roi breton. Les instructions de Louis le Débonnaire à Witcar contiennent l’exposé précis de ses griefs contre Morvan : « Lui et son peuple (dit » l’empereur) habitent sur ma terre, et cependant il refuse le tribut ; il s’essaie » à nous combattre, il lance des menaces contre les Franks et se prépare à la
(1) c Jasticiæ virtus nullam sibi vindicat aalam,
Linea jndicii hinc fugit acta procal. »
(Ermoldi lib. III, v. 53-54.)
(2) c Rex Marmanus adest cognomine dictas eorum,
Dici si liceat rex, quia nulla régit. »
(Ibid., v. 55-56.)