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SUR LA RIVIÈRE D’ELLÉ

mais la synonymie de Maurice et de Morvan n’existait nullement au IX® siècle : ce dernier nom est rendu en latin par Mormanus, Murmanas, jamais par Mauritius, D’ailleurs le site de la Roche-Morice ne convient nullement à la description ci-dessus de la demeure de Morvan. « Impossible (dit très bien M. de Kerdrel) impossible de se figurer à la Roche-Morice le château de Morvan et surtout cette véritable place d’armes que décrit le poète frank ; impossible, sur ce rocher à pic dominant une étroite vallée, sur ce piton qui sert de base au château de la Roche, de concevoir une grande enceinte contenant des bois et pouvant renfermer une armée nombreuse (1). d II est certain d’ailleurs que la rencontre entre Morvan et les Franks, qui se produisit dans le voisinage de la demeure du roi breton, eut lieu non sur l’Elorn mais sur l’Ellé (2), si bien qu’après cette rencontre, après la mort de Morvan, Louis le Débonnaire avait son camp sur la rive gauche de ce dernier cours d’eau, dans la forêt de Priziac, qui occupait le territoire de la paroisse actuelle ainsi nommée (3). C’est donc de ce côté qu’il faut chercher la résidence du roi breton.

Sur la rive droite de l’Ellé, juste en face du territoire de Priziac, il y a un lieu, un terrain étendu qui porte le nom de Minez-Morvan, c’est-à-dire en breton Montagne de Morvan (4) : terrain qui répond très bien à la description d’Ermold. A 1,500 mètres environ au Nord de l’abbaye de Langonnet, se dresse un plateau assez élevé du côté de la rivière qui le borde entièrement vers l’Est dans toute sa longueur, tandis que de l’autre côté, c’est-à-dire vers le Nord-Ouest, il descend en pente douce vers un ruisseau affluent de l’Ellé, dont le cours total dépasse 2500 mètres et sur le bord duquel s’élève une petite chapelle dédiée à saint Brandan. La forme générale de ce plateau figure une sorte de triangle équilatéral, dont la pointe dirigée vers le Nord-Est est marquée par le confluent du ruisseau et de l’Ellé, les deux côtés par l’Ellé et par le ruisseau ; quant à la base de ce triangle (c’est-à-dire de la partie du plateau auquel est attaché le nom de Minez-Morvan), elle est ouverte ; elle serait représentée par une ligne fermant le triangle au Sud, partant à l’Ouest de la source même du ruisseau de Saint-Brandan pour aboutir à l’Est sur la rive droite de l’Ellé, à peu près au lieu où se trouve un moulin dit, sur la carte, a moulin de Seigle. j> Cette ligne aurait environ 2, (XX) mètres de longueur ; même longueur pour le côté Est du triangle bordé par l’Ellé; le côté nord-ouest, en raison de la courbe assez développée du ruisseau de Saint-Brandan, va jusqu’à 2,500. On voit qu’il s’agit

(1) V. Audren de Kerdrel, L'expédition de Louis le Débonnaire contre la Bretagne en 818, p. 13.

(2) La Chronique de Landeoenec, aujourd’hui perdue, mais qui a été vue par Le Baud, en témoigne formellement : « Et dit la Chronique de l’abbaye de Landevenec que l’an 5« de l’empereur Loys, il ficha ses tentes en la province de la moindre Bretagne, sur le fleuve Ellé en la forest de Brisiac (Prisiac) : auquel lieu Morvannus luy alla au devant avec sa puissance, espérant faire bataille avec iuy. » (Le Baud, Hist. de Bret., p. 95.)

(3) C’est là, « super fluvium Eligium (l’Ellé), juxta sylvam quæ dicitur Brisiaci, » qu’il donna après sa victoire le diplôme relatif à la discipline des moines bretons ; voir Cartul. de Landeoenec, édit. A. de la Borderie, p. 76 ; D. Morice, Preuves I, 228 ; et notre tome I®^ p. 508, note 1.

(4) Menez, minez, mené, mané, montagne, dans les divers dialectes bretons.

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