CONSEIL DU ROI ET ASSEMBLÉES NATIONALES
A côté de la royauté bretonne, et pour Faider dans sa tâche, il existait certainement un conseil, ou plutôt plusieurs conseils. Il y avait d'abord ce groupe de hauts personnages, comtes, évêques, abbés, dont nous avons constaté la présence habituelle auprès du roi Salomon (ci-dessus p. 110), qui évidemment formaient son conseil privé, qu'il consultait sur toutes les affaires de quelque importance et associait d'habitude à l'exercice de son pouvoir, comme les actes eux-mêmes le disent. Ainsi la charte d'immunité pour les possessions de l'abbaye de Prum (en 860) est qualifiée par le roi « une préceplion (prescription) de notre autorité » et de celle des grands de notre royaume (1). » La liberté des élections monastiques est confirmée (en 868) c sur le conseil des plus nobles personnages » de Bretagne, tant clercs que laïques (2). » Le diplôme solennel des dons et privilèges accordés (en 869) au monastère de Plélan mentionne également qu’il a été dressé a par le conseil des nobles de Bretagne, prêtres et laïques (3). d Etc.
Outre ce conseil privé, on convoquait, dans les circonstances extraordinaires, rassemblée générale de la nation. Les traditions historiques du VI« siècle en fournissent quelques exemples pour la Cornouaille (4). Au IX« siècle Nominoë, on peut le croire, en usa peu ; quand il convoquait son peuple, c’était par le ban de guerre; son assemblée nationale c’était son armée. Mais il reste quelque souvenir des assemblées générales convoquées sous le roi Salomon. En septembre 868, il y en eut une qui se tint au pays de Rennes, dans le palais ou château royal de Rester (in aula Rester, aujourd'hui Retiers). L’abbé de Redon Ritcant, successeur de Conwoion, y présenta au roi (5) plusieurs requêtes a en
présence des nobles hommes de presque toute la Bretagne, b Salomon y rendit des jugements notables.
Dans les années suivantes — en 871 et 874 — on trouve encore de ces assemblées deux exemples célèbres. En 871, quand ce prince songea à faire le pèlerinage de Rome, il ne voulut pas sortir de Bretagne sans le consentement des représentants de la nation, qui le lui refusèrent ; aussi dit-il dans sa lettre au pape Adrien II : « Nous avions fait vœu d’aller à Rome pour prier les apôtres Pierre j> et Paul et les autres saints du Christ ; mais quand nous avons voulu connaître » à ce sujet la volonté de toute la Bretagne, tous ont refusé de nous laisser faire » ce pèlerinage, parce que les païens (les Normands) entourent et menacent nos D états (6). » Quelques années plus tard (en 874), le même prince, résolu de se vouer entièrement à la prière et à la pénitence, convoqua de nouveau une assem-
(1) a Auctoritatis nostrœ procerumque nostrorum prœceptio. » (D. Morice, Preuves I, 315.)
(2) « Cum consilio nobilissimorum Britanniœ virorum, tam clericorum quam laïcorum. » (Carlul. de Redon, n« 240, p. 188.)
(3) c Cum consilio Britanniœ nobilium , tam sacerdotum quam laïcorum , — cum consilio nostrorum nobilium. » {Ibid. n<> 241, p. 190, 191.)
(4) Voir notre tome I*'’, p. 378 et 434.
(5) « Ad venerabilem principem Salomonem, prœseutibus maxima ex parte totins Britanniœ nobilibus viris in aula quœ vocatur Rester. » (Carlul. de Redon, n* 247, p. 198). « Ante Salomonem regem totius Britanniœ, prœsentibus ejus nobilibus, ducibus et optimatibus. » (Ibid, n» 24, p. 18.)
(6) « Romam vovimus ire, orationis causa. Sed tamen, cum jam ooluntatem nos totius Britanniœ probare curavimus, omnes abnuerunt, nolentes nos adiré orationem apostolorum Pétri et Pauli cœterorumque Christi fldelium , pro eo quod pagani utrimque secus injuste vallant termines nostrœ potestatis. » (Carlul. de Redon, 89, p. 67). Un acte du 9 juillet 871 , est daté : « lllo anno quando voluit rex Salomon Romam ire, sed principes ejus non dimiserunt, propter timorem Normannorum » (Ibid, no 267, p. 199.)