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COMTÉS DÉMEMBRÉS DE LA DOMNONÉE

Cornouaille (1), Jedecaél ou Judicaêl de Poher. Après la chute et Técrasement de Conomor (t. I®** p. 428-429) il semble que le comté de Poher aurait dû disparaître, absorbé par la Cornouaille ou par la Domnonée. On le trouve relevé dans la première moitié du IX® siècle, ayant à sa tête en 844 Riwallon comte de Poher, Riwallon cornes Poucaër, puis en 871 et 892 le fils ou petit-fils de ce Riwallon, le Judicaêl contemporain du roi Salomon, dit en 871 Jedecael princeps Poucher, encore vivant en 892 (2), et qui dut avoir pour fils Matwidoé ou Matuédoi comte de Poher, selon la Chronique de Nantes, et père d’Alain Barbelorte (3). Quant à l’étendue de ce comté de Poher, il n’y a aucune raison pour l’assimiler à l’archidiaconé de même nom (4), circonscription qui n’existait point au IX® siècle et à qui l’on donna des limites conventionnelles. Si ce comté au IX® siècle avait été identique à l’archidiaconé, le comté de Cornouaille eût été réduit à fort peu de chose, et cependant ses possesseurs aux IX®, X®, XI® siècles jouent un rôle autrement important que ceux du Poher. Ce dernier comté au IX® siècle devait être enfermé dans le bassin de l’Aune, entre la double chaîne des monts Arez et des Montagnes Noires (5) ; il ne renfermait donc point le pays de Porzoed ou Porzai, et probablement ne s’avançait nulle part jusqu’à la mer, car le Poher féodal du XI® siècle n’y touchait pas.

Après cela, parmi les personnages nommés ci-dessus comme tenant rang de comtes à la cour de Salomon, il en reste encore quatre dont nous n’avons rien dit : Bran, Morweten, Wrwant ou Gurvant, Bodwan. Deux d’entre eux, les deux premiers si Ton veut, devaient tenir les comtés de Léon et de Goëlo. Gurvant, en raison de sa disgrâce auprès de Salomon dont on a vu la cause plus haut (p. 110), ne reçoit pas dans nos actes le titre de comte ; il l’était pourtant, cela est certain, nous en verrons tout à l’heure une preuve éclatante, et d’après ce que l’on vient de dire, ses domaines devaient être situés dans la partie orientale de la Domnonée. Une circonstance donne à croire qu’ils se trouvaient dans le pays d’Alellî. On se rappelle qu’en 843, lors de sa première guerre contre les Franks, Nominoé pour se procurer de bonnes troupes envoya son allié Lantbert lever en ce pays d’Aletb un corps d’élite, qui décida la victoire. Pourquoi là plutôt qu’ailleurs? Parce que c’était là apparemment le pays d’origine de Nominoë, qui pour cette raison pouvait compter sur le dévouement à toute épreuve des hommes de cette région. Après la mort d’Erispoë, Gurvant son gendre fut privé

(1) Le Cartulaire de Redon, qui nomme si souvent ce Riwelen (voir p. 39 , 60, 187, 192, 199, et D. Morice Pr. 1, 315), ne nomme point son comté ; mais le Cartul. de Landevenec (^it. A. de la Borderie, p. 124) contient une hymne de S. Gwennolé dont l’auteur, moine de Landevenec sous le règne de Salomon, date son œuvre parla mention du roi de Bretagne et du comte de Cornouaille alors vivants, en ces termes :

Tempore quo Salomon Brittones rite rcgebat ,

Cornubiœ rector quoque Riuelen,

(2) Voir, pour Riwallon, Cartul. de Redon, n® 107, p. 81; — pour Judicaêl, Ibid. n®247, p. 199, et Append. n» 53 , p. 376 et p. 377 à la note.

(3) c Mathuedoi, cornes de Poher,... ducens secum filium suum nomine Alanum, qui postea cognominatiis est Barbatorta. » (Chronic. Namnet. cap. 27, édit. Merlct, p. 82.) — Matuédoi figure aussi avec son titre de comte (Matwidoi, Matuédoi cornes dans plusieurs actes du Cartul. de Redon de 913 et 914, n«* 275, 276, 277, p. 223, 224). Le n® 277 daté par l’éditeur de l’an 909, est en réalité de 914.

(4) Comme l’ont fait pourtant plusieurs auteurs, entre autres M. de Coiu:*son, Cartul. de Redon, p. 747.

(5) Voir le tracé de ce bassin dans la carte de la Bretagne à Vépoque mérouingienne de notre tome I*** et le comparer, dans la carte des Diaisions ecclésiastiques, avec l’archidiaconé de Poher qui comprenait les doyennés de Poher, du Faou et de Porzai.

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