RELATIONS DES COMTES BRETONS
de toutes les faveurs que lui devait procurer cette royale alliance ; et comme il était par sa femme Tunique héritier d’Erispoé, on le réduisit au domaine originaire de Nominoë, à une toute petite principauté dans le pays d’Aleth, entre la forêt de Brecilien, la mer, la Rance et le Coêsnon. De là sortirent ces deux cents braves, qui firent sous ses ordres si grande figure en face des Normands d’Hasting (ci-dessus p. 91).
Si cette conjecture est juste, il ne reste plus qu’une place où mettre le comté de Bodwan (1), la partie de la Domnonée allant de la Rance au Gouët, qui aux VI«-VII® siècles portait déjà le nom de Penteur, nom tant illustré au XI® siècle par Tapanage de la branche cadette des ducs de Bretagne. Et pourquoi serait-on allé prendre ce nom pour baptiser cet apanage, s’il n’eût pas déjà été connu comme titre de comté aux siècles précédents ?
Après la mort de Salomon, Gurvant s’attribua le comté de Rennes, et il y eut, dans la distribution des autres comtés de Bretagne, d’autres changements dont nous rendrons compte plus tard.
Il serait d’um grand intérêt de connaître exactement les rapports des comtes avec le roi de Bretagne ; nous sommes à cet égard très peu renseignés. Malgré l’autonomie dont les comtes devaient jouir dans l’intérieur de leurs comtés, il semble que l’autorité royale y pouvait pénétrer en certains cas pour mettre fin à des conflits, à des troubles d’une violence ou d’une nature particulière : le jugement de Salomon rapporté plus haut (p. 111) contre le tiern Ratfrid fut rendu sur le territoire du comté de Vannes, et si Pascweten était dès lors investi de ce comté, c’est lui, parait-il, qui aurait dû rendre ce jugement ; mais était-il comte de Vannes à cette époque, c’est-à-dire en 858 ou 859 ? C’est probable, ce n’est pas certain.
Un point bien établi, c’est que chaque comte était dans son comté le chef de guerre. C’est à lui, non au machtiern, qu’était dû le service militaire ; c’est lui qui levait le contingent demandé par le roi de Bretagne, le conduisait à son armée et en avait le commandement. Ici se place l’épisode si curieux de Gurvant en 869, conté plus haut (p. 91), mais sur lequel il faut revenir en quelques mots.
Gurvant, sur Tordre du roi Salomon, vient avec un corps de troupes formé de ses hommes (cum sais/ l’assister dans sa lutte contre les Normands. Ce corps ne compte que 200 guerriers, mais il suffit à prouver que Gurvand possède la dignité de comte, puisque le comte seul, non le machtiern, est un chef de guerre. — Ce corps, quand il s’est joint à Tarmée royale, Gurvant en conserve le commandement, la disposition. Pour soutenir, avec ses 200 hommes, le défi que
(1) Sur Bodwan il y a une difficulté : aucune des chartes de Redon ne lui donne explicitement le titre de comte, La raison en est que, parmi les chartes qui nous restent, deux seulement, deux chartes de jugement, de 868 et 871, attribuent explicitement aux comtes leur titre comtal (Riuilin cornes, Pascweten cornes. Bran cornes, Morweten cornes, etc.) (Cartnl, de Redon, n»» 21 et 247, p. 18 et 199). Bodwan n*assistant pas à ces deux jugements, son nom ne se trouve pas dans ces deux chartes de 868 et 871. Mais dans toutes celles où il figure, il précède ceux des personnages qui ont le titre comtal; ainsi dans le diplôme très solennel de 860 pour Tabbaye de Prum, les noms des proceres témoins de cet acte sont ainsi disposés : Bodoan, Morweten, Pasquiten, Bran, Riuilin (D. Morice Preuues I, 315). Dans d’autres actes de 858, 860, 862, le nom de Bodwan précède encore ceux de Pascweten , de Bran, de Morweten {Cartul. de Red., n»* 30, 85, 105, pp. 24, 65, 80) : ce qui prouve qu’il était au moins leur égal, c’est-à-dire, comte comme eux.