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LE MAGHTIERN ET LE FLOU

AU IXe SIÈCLE.

peut voir dans noire tome I®** (p. 281) Torigine des plou bretons; nous allons dire ce qu^ils étaient au IX® siècle, d’après les chartes et les documents de ce temps.

A celte époque, le chef du plou reçoit souvent dans nos actes le titre de machtiern que nous expliquerons plus loin ; mais on le nomme aussi très fréquemment en latin princeps plebis, c'est-à-dire le prince du plou. Entre ces deux titres il y avait synonymie parfaite, — et sur les prérogatives, sur les fonctions de la dignité qu’ils représentent, les chartes de Redon fournissent de nombreux et curieux renseignements. Avant de les résumer, il faut d’abord établir exactement ce qu’était au IX® siècle le plou breton.

§ l®**. — Le plou breton au /X® siècle.

Parce que les actes latins traduisent ce mot de plou par plebs, plebis, et appellent, par exemple, Plebs Cadoc la circonscription dite en breton, parfois dans le même acte, Ploi ou Ploé Catoc, c’est-à-dire le plou de Cadoc (aujourd’hui Pleucadeuc), — certains auteurs soutiennent que le plou, ploué ou plouef n’a rien de spécial à la Bretagne ; que c’est simplement la traduction du latin plebs et que cela indique, en Bretagne comme ailleurs, une paroisse ecclésiastique ordinaire pareille à celles d’aujourd’hui. Cette opinion est complètement erronée : au IX® siècle le mot plebs ne désignait pas les simples paroisses d’aujourd’hui.

A cette époque, il existait deux ordres très distincts d’églises rurales^ celles qui avaient des fonts baptismaux, celles qui n’en avaient pas. Chacune des premières était le centre d’un district souvent fort étendu, dont tous les habitants étaient tenus de faire baptiser leurs enfants à cette église baptismale ; pour les autres besoins spirituels il y avait, dans le district, un nombre plus ou moins grand de sanctuaires de second ordre, dont chacun avait son ressort et que l’on appelait églises inférieures, minores tituli; ce sont ces églises inférieures qui sont devenues nos paroisses. Au XI® siècle, on mit dans toutes des fonts baptismaux, mais la circonscription de l’ancienne église baptismale fut conservée, elle subsista jusqu’à la Révolution sous le nom de doyenné rural. Le doyenné rural du moyen-

LE PLOU n’est point LA PLEBS ECCLÉSIASTIQUE DU IX® SIÈCLE.

âge représente donc le ressort de TégUse baptismale du IX® siècle. Or tous les documents ecclésiastiques de ce siècle établissent nettement que le titre de plebs ou plèbes était réservé exclusivement aux églises baptismales et à leurs districts ; on l’oppose formellement aux églises secondaires de ce district, auxquelles est appliquée au contraire la dénomination de minores tituli (1).

Cela étant, pour savoir si les plebes bretonnes du Cartulaire de Redon représentent les plebes des documents ecclésiastiques du IX® siècle, c’est-à-dire les églises baptismales et leur ressort, il y a un moyen très simple ; c’est de les comparer aux doyennés ruraux existant au moyen-âge dans le diocèse de Vannes, aux lieux mêmes où l’on rencontre les plebes du Cartulaire. Pour nous en tenir aux environs de Redon, Tangle sud-est du diocèse de Vannes était partagé au moyen-âge en trois doyennés ruraux, l’un dit doyenné de Carentoir, les deux autres territoire de Redon et territoire de Rieiix, Si les plebes bretonnes étaient (comme on le voudrait) identiques aux plebes des documents ecclésiastiques du IX® siècle, nous ne devrions trouver là que trois plebes, puisqu’il n’y a que trois doyennés. Au lieu de cela, — bien que le Cartulaire de Redon ne donne pas la liste complète de tous les pion ou plebes bretonnes de cette région, — nous en trouvons au moins une douzaine, entre autres, dans le territoire de Redon, les pion ou plebes de Bain, de Plaz (aujourd’hui Brain) et de Langon ; — dans le doyenné de Carentoir, Carentoir, Renac, Rufiac, Sixt, Tréal ; — dans le territoire de Rieux, sur lequel le Cartulaire a peu de renseignements, Âllaire, Peillac, Molac, Pleucadeuc, et Rieux (Reusl qui est appelé castellum.

Les plebes bretonnes ne sont donc point lespZcbes ecclésiastiques du IX® siècle, c’est-à-dire des églises baptismales tenant des minores tituli sous leur dépendance, — car elles n’ont point au-dessous d’elles de minores tituli. Ce ne sont point des minores tituli, car elles n’ont point au-dessus d’elles d’églises baptismales, et l’on peut bien croire que toutes avaient des fonts, car de l’institution des églises baptismales, au IX® siècle du moins, nulle trace en Bretagne.

Les plebes bretonnes sont donc une institution spéciale à la Bretagne. Mais si elles ne ressemblent pas aux plebes ecclésiastiques ou églises baptismales des Gaules et d’Italie, pourquoi leur en a-t-on donné le nom ? La raison en est bien simple. Quand les clercs voulurent exprimer en latin cette chose essentiellement bretonne que les Bretons nommaient en leur langue plou, pieu, plev, ploué.

(1) Ce point, pour nous, est capital. Voici les principaux textes qui s’y rapportent :

A. — Walafrid Strabon, abbé d’Auge en 842, mort en 849, dans son traité De rebus ecclesiasticis , cap. 31, comparant les dignités civiles aux dignités ecclésiastiques, dit : « Centenarii, qui et centenariones vel vicarii, qui per pagos statut! sunt, presbyteris plbbium qui baptismales ecclesias tenent et MiNORiBUS presbyteris prœsunt, conferri queunt. »

B. — Concile de Pavie de l’an 850, canon 13 : « Singulb plebibds archipresbyteros prœesse volumus , qui non solum imperiti vulgi sollicitudinem gerant, verum etiam eorum presbyterorum qui per MINORES TITULOS habitant, vitam jugi circumspectione custodiant. »

C. — Extrait d’une lettre de Léon IV, pape de 847 à 855 : « De decimis, justo ordine, non tantum nobis sed etiam majoribus nostris visum est plbbibus tantum, ubi sacrosancta baptismata donantur, debere dari » (Decret, Gratiani, xiii, q. 1, cap. 1 Ecclesias. Et xvi, q. 1, cap. 45).

D. — Capitulaire de Charles le Chauve de 876 : « Et ut ecclesias baptismales, quas plebes appellant, secundum antiquam consuetudinem, Ecclesiœ filii instaurent» (Capitul. reg. Franc, édit. Baluze- Chiniac, 11 , 242).

Voir aussi Thomassin, Ane, et nouv, discipline de VEglise, édit, de 1725, tome I (ou P* partie). Livre I, chap. 6, § 7, 8; et chap. 6, § 1, 2, 3; col. 471, 472 , 473 , 475

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