CARACTÈRE ESSENTIEL DU FLOU BRETON
plouef, ils s’arrêtèrent au mot plebs, plebis, dont la consonnance ressemble beaucoup à plev, plouef, et dont la signification s’en rapproche un peu, puisque plou, ploué désigne à la fois le territoire occupé par la tribu bretonne émigrée et la peuplade ou population (plebs) qui occupe ce territoire. Car, ainsi que nous l’avons dit dans notre tome I*"* (p. 281), le plou est essentiellement, à l’origine, la bande bretonne émigrée venue d’outre-mer, s’établissant sur le sol armoricain sous la double direction d’un guerrier, chef civil et militaire, et d’un prêtre ou moine, chef religieux.
Quand l’époque des émigrations fut passée, les Bretons, en s’étendant sur le sol armoricain, y fondèrent de nouveaux plou à l’imitation des plou primitifs, et le fondateur de chacune de ces nouvelles colonies devint le chef de ce plou et en exerça les prérogatives. Ce qui donne au plou breton une originalité incontestable, c’est qu’il n’est pas seulement une institution religieuse ; avant tout il est une institution civile, une tribu gouvernée par un chef descendant du fondateur de cette tribu, et dont tous les membres du plou (en latin les plebenses) sont tenus, eux et leurs descendants, de reconnaître l’autorité héréditaire. Nous verrons bientôt en quoi consistait cette autorité.
§2. — Le chef du plou ou machiiern.
Le trait primitif et essentiel de l’institution, c’était ce chef, qui exerçait son autorité sur le plou et sur tous ses habitants. Les actes bretons du IX® siècle ne permettent pas de douter de l’existence de ce dignitaire ; en breton on le nommait machiiern, en latin princeps plebis, prince du plou, ce qui dit sa fonction. Citons quelques exemples.
Sous le règne du roi Salomon, de 858 à 867, dans un litige concernant deux terres de la paroisse de Bain, dites les deux Bron-Winoc, revendiquées par les moines de Redon, un ancien habitant du pays, interrogé, déclare qu’elles doivent appartenir au prince qui a sous son autorité le plou de Bain (1) ; or le machtiern de Bain Ratuili, par sa donation de 832 (ci-dessus p. 33-34), avait transmis à l’abbé de Redon tous ses droits. — De même, sous Nominoê (841 à 851), le tonlieu du port de Balrit sur l’Out (ci-dessus p. 131 et 136) fut confirmé au même monastère parce qu’une enquête prouva que « celui qui avait Bain sous son autorité, » c’est-à-dire le chef de ce plou, avait toujours perçu ce droit (2). — En 854, dans le plou de Sei (aujourd’hui Plessé, Loire-Inférieure), des particuliers, revendiquant une terre qui avait été donnée à Redon par un de leurs parents, portent leur plainte devant un personnage nommé Hoiarnscoêt « lequel (dit la relation du procès) possédait ce plou (3) » et ligure, à la fin de l’acte, parmi les témoins avec le titre de princeps,
(1) c Juravit (Arthuiu) quod non erat alius propior illis (duobus Bron-Winoc) nisi princeps qui dominaretur in Bain. » {Ibid, n^ 185, p. 143).
(2) t Et testifica venin t omnes... quod ille qui Bain haberct in potestatem semper accepit teloneum. » {Ibid, no 106, p. 81.)
(3) c Vencnuit supradicti consobrini ante Hoiarnscoêt qui possidebat plebem illam... Hoiarnscoêt princeps testis. v {Ibid, n» 162, p. 125, 126.)