SENS PRÉCIS DU MOT MACHTIERN
c’est-à-dire de « prince du plou de Sei. » II exerçait la même dignité dans le plou d’Avizac (Avessac) limitrophe de Plessé ; un acte de l’an 858 débute ainsi : « Cette » charte enseigne et rappelle comment Hoiarnscoêt, prince du plou d'Avizac,
» vint au monastère de Redon et donna aux moines la villa d’Urswalt (1). » — Enfin, dans un acte de l’an 913, passé devant l’église de Saint-Dolai (près la Roche-Bernard), on voit encore figurer « Godalen, fils de Gleudaen, prince de ce plou (2). » — Ce titre s’explique de lui-même, sans aucune équivoque.
Mais le plus souvent, dans les actes du IX® siècle, le titre employé est celui de machtiern, qui ne s’explique pas de lui-même aussi bien que pr inceps plebis.
Tighern, tiern, de tig, ti, maison, en breton c’est le maître de la maison, le seigneur, comme en latin de domus vient dominus. Mach-tiern, c’est littéralement un vice-seigneur, vice dominus, c’est-à-dire un seigneur qui n’est pas Indépendant, qui a au-dessus de lui un supérieur. Ce nom est donné au chef de plou parce qu’il a au-dessus de lui, pour seigneur supérieur, le comte (3). Aussi, pour dater les actes on indiquait d’habitude, dans les clauses finales, le nom du roi ou de l’empereur régnant, et ensuite ceux du comte, de l’évêque, du machtiern en exercice, par exemple :
En 827, acte concernant le plou de Molac : c Cela fut fait sous le règne de » l’empereur Hlodowic, Nominoë étant comte de la cité de Vannes, Renier D évêque, Portitoë machtiern (4). * — Eu 843, acte relatif au plou de Carantoir : c Fait sous le règne du roi Charles, Nominoë possédant la Bretagne, Suzannus » évêque (de Vannes), Raiuili machtiern (5). »
Il y a bien dans le Cartulaire de Redon une centaine de clauses de ce genre, avec mention du machtiern. La place qu’il y occupe indique clairement en lui un officier ou dignitaire de l’ordre civil, inférieur au comte : quel était le district soumis à son autorité? Tous les Bretons au IX® siècle savaient que c’était le plou; aussi ne prenait-on guère la peine de le dire explicitement dans les actes. Cependant plusieurs textes l’expriment de façon à ne laisser aucun doute.
En 833 : « Fait, un dimanche, en l’église de Rufiac, Portitoë étant alors mach-
tiern de ce plou (6). » — Le même Portitoë (fils du larnhitin de 814) exerçait, conjointement avec son frère Wrbili, les fonctions machtiernales dans deux plou voisins de Rufiac, en Pleucadeuc et en Carantoir. En 832 on trouve c Portitoë et » Wrbili tous deux machtierns dans le plou de Carantoir; » — en 826 et 834 ; € Portitoë et Wrbili machtierns tous deux dans le plou de Cadoc (Pleucadeuc). » — En 872, Portitoë étant mort, nous voyons alors son fils a larnhitin, machtiern
(1) c Hœc carta indicat et conservai qualiter venit Hoiarnscoêt, princeps plebis Avizac, in Rotono monasterio » etc. (Ibid, n» 126, p. 95).
(2) c Factum est hoc ante ecclesiam Sancti Aelwodi (c’est Saint-Dolai)... Godalen filius Gleudaen, princeps de ilia plebe » (Ibid., n® 282 , p. 227-228).
(3) Dans un acte de Redon , on trouve un machtiern désigné par le titre de tirannus infirmas. Le premier mot (tirannus) n’est ici autre chose qu’un calque latin du breton tiern, seigneur. Infirmas est synonyme dlnferior. Cela veut donc dire simplement, comme machtiern lui-même, un seigneur inférieur, ayant au dessus de lui un supérieur, un suzerain. Voir Cartul. de Redon, n® 112, p. 86.
(4) « Factum est hoc, régnante Hlodowico imperatore, Nominoë comité Veneticœ civitatis, Reginario episcopo, Portitoë machtiern » (Ibid, n® 252, p. 204).
(5) « Factum est hoc, régnante Karolo rege, Nominoë possidente Britanniam, Suzanno episcopo, Ratuili (ou Rabili) machtiern » (Ibid, n® 110, p. 84).
(6) « Actum... in die dominica in ecclesia Rufiac, et erat Portitoë machtiern in ilia plebe » (Cartul. de Redon , n® 9 , p. 10).