MACHTIERN ET CHEF DE FLOU SONT LE MÊME TITRE
» du plou de Rufiac. » — En 834, les actes de Redon nous montrent encore « Riwalt machtiern dans le plou dArthmaèl (PIou-Armel ou Ploërmel); » — en 842, « Ratfred machtiern du plou de Sixt, d etc. (1). Ainsi le district où s’exerce l’autorité du machtiern, c’est toujours le plou.
Au reste, voici un fait qui ne peut laisser aucun doute sur l’entière synonymie du titre de machtiern et de celui de princeps plebis, c’est-à-dire chef de plou. Vers 832, un habitant du plou de Wern (aujourd’hui Guer) du nom de Rethwobri donna à un individu appelé Juab ou Job une terre dite Treblaian, sous la condition que Juab paierait « au prince du plou x de Wern certaines redevances qui lui étaient dues par Rethwobri, et à la date de cet acte te machtiern indiqué comme exerçant son autorité dans ce plou est Wrbiti. Quelques années après (en 837), cette donation fut renouvelée sous la même condition, mais ici, au lieu de dire que les redevances en question sont dues « au prince du plou, 'b on dit qu’elles sont dues à Wrbiti. Wrbili était donc le prince du plou de Wern, et comme d’après le premier acte il en était le machtiern, il y a identité entre les deux titres (2).
La synonymie de machtiern et de princeps plebis, dans l’usage du IX® siècle, est donc incontestable. Et comme on trouve des machtierns partout en pays breton, et nulle part en pays gallo-frank, il en faut conclure que le plou, avec son chef, avec le régime que nous allons esquisser, formait un trait spécial et caractéristique de l’organisation des Bretons du continent.
Certains actes donnent aussi au chef de plou quelques titres moins réguliers, comme tirannus, princeps, cornes. — Tirannus, c’est le nom générique, tiern ou seigneur, dont machtiern est une espèce déterminée ; j’ai parlé ci-dessus (p. 145 note 3) du tirannus infirmus. — Princeps seul et même cornes désigne aussi parfois le chef du plou. Princeps est tout naturel (3), c’est l’abrégé de prmceps plebis. Et chez les Bretons cornes étant synonyme de princeps, celui-ci a attiré celui-là pour désigner le machtiern. Quand on voit un acte nous parler du « comte de Peillac (4), » on comprend bien que ce comte ne peut être que le prince du plou.
§ 3. — Hérédité du machtiernat.
La dignité de chef de plou, ou machtiernat, était héréditaire. Il y en a bien des preuves dans les actes du IX® siècle ; la plus ancienne et l’une des plus curieuses est une pièce qui porte :
« Cette charte enseigne et constate qu’un homme du nom de Worwelet vint
(1) Carlul. de Redon, n»» 131 , 255, 13, 257, pp. 100, 206, 13, 208 ; Append. n®* 7 et 17, p. 356 et 360.
(2) Vers 832 : « Dédit Rethwobri Treblaian ad Juab, ut ipse Juab solvat quicquid debet princeps iLLius PLEBIS ex suptadicUs virgatis habere... Factum est hoc ante ecclesiam Wernensem, iraperante Hlodowico, gubernante Nominoe totam Britanniam, et Wrbili machtiern. » {Cartul. de Red. n® 178, p. 137-138) — En 837 : « Veniens Rethwobri ante ecclesiam Wernensem... dédit Treblaian ad Juab, ut ille Juab reddat et solvat quicquid de supradictis virgatis debet Wrbili accipere » {Ibid. n® 179, p. 138).
(3) Clause finale d’un acte de vente en Molac, du 29 juillet 849, qui donne la nomenclature de toutes les « autorités » civiles et religieuses de ce plou : « Factum est hoc , régnante Lothario imperatore, Nominoe dux tota Britannia, larnhitin principe, Bili majore, Riwaroie centurione, Epetic presbytero, Dignum ostiario. » (Cartul. de Redon, n® 251, p. 203-204). Ce larnhitin, prince du plou de Molac , était peut-être frère de Portitoê.
(4) En 867, « cornes qui fuisset in, Poilac » {Ibid, n® 96, p. 72).