LES CHEFS DE FLOU SONT HÉRÉDITAIRES
demander au machtiern larnhitin (1) un lieu où faire pénitence de ses péchés, et larnhitin lui en donna un appelé Rosgal (2), autrement dit Botgarth : ensuite mourut Worwelet. Après sa mort, son fils Worworet se rendit à Lis-Bedu (3) près du susdit tiern larnhitin, auquel il apporta deux flacons d’excellent vin et qui avait alors pour agents (mediatores! le prêtre Doitanau son chapelain et Howori, maire de Pleucadeuc (4) Et dans celte villa de Lis-Bedu, larnhitin, en qualité de prince héréditaire (5), donna le lieu susdit à Worworet en perpétuelle aumône , avec permission de couper, arracher et défricher tout autour autant qu’il pourrait de bois et de forêt, comme un ermite au désert qui n’a que Dieu pour maitre. Les témoins sont le tiern larnhitin qui a fait cette donation, Eusurgit prêtre, Rihowen prêtre, Doitanau prêtre, etc. »
Ce larnhitin, machtiern de Pleucadeuc, qui se déclare hautement « prince héréditaire d de ce plou, c’est celui qui fut proclamé à la mort de Charlemagne chef des Bretons du Vannetais (ci-dessus p. 6-7); on le trouve avant celte mort exerçant les fonctions de machtiern (6); il ne parait plus dans les actes après 826; il appartient donc à la fin du VHP siècle et au commencement du IX®. — Sous Nominoê (841-851), Riwalt machtiern de Campénéac se dit < héritier de la race de larnwocon (7), » ce qui implique l’hérédité de son machtiernat.
— En 869, une noble dame du nom de Roiantdreh, qui avait en Domnonée de grands biens, notamment un plou entier, Seminiaca plebs, aujourd’hui Sévignac, où elle possédait l’autorité machtiernale, — cette dame, ayant perdu son mari et son fils, adopte le roi Salomon pour fils et pour successeur dans tout son patrimoine héréditaire /totam meam hereditatem! , y compris nommément le plou de Seminiac (8).
L’hérédité de la dignité machtiernale n’est pas seulement proclamée par le style de nos actes, elle l’est aussi par les faits que ces actes révèlent. On y trouve plusieurs petites dynasties de machtierns, dont on peut reconstituer la suite généalogique pendant près d’un siècle. Dans les paroisses de Rufiac, Carantoir, Pleucadeuc et Molac, on suit la famille de larnhitin depuis le règne de Charlemagne jusqu’aux dernières années de Charles le Chauve. D’abord larnhitin l’ancien, dont nous parlions tout à l’heure, de 800 à 821 environ (9);
— puis, de 826 jusque vers 844 ou 846, ses deux fils Portiloë et Wrbili (aussi appelé Gourvili), qui semblent avoir le plus souvent exercé conjointement leur autorité (10); — ensuite, de 842 à 872, les trois fils de Portitoë, Conwal, larnhitin
(1) « Ad larnhitinum machtiernum » (Cartul. de Redon, n» 267, p. 216).
(2) C’est auj. Roga, sur les bords de l’Out, alors en Pleucadeuc dont larnhitin était machtiern, auj. en Saint-Congar qui est un démembrement de Pleucadeuc. U y a eu là, aux deux derniers siècles, un établissement d’ermites Camaldules , dont on voit encore les restes.
(3) Aula Betulœ, la Cour du Bouleau.
(4) « Howori mair in plebe Catoc » {Ibid, p. 217). On verra plus loin ce qu’étaient ces maires ruraux.
(5) < 111e larnhitin dédit, sicut herediiarius et princeps, locum supradictum in elemosina sempiterna » (Ibid. p. 217). Voir le texte complet de cet acte dans Cartul, de Redon, n<> 267, p. 216-217.
(6) Voir Cartul. de Redon, n®* 166 et 168, p. 129 et 130.
(7) Ibid, no 107, p. 81, cf. n® 194, p. 161.
(8) « Principem Salomonem quasi proprium filium super totam meam hereditatem recepi... id est Seminiaca plebs » etc. (Ibid, n® 109, p. 82-83).
(9) Cartul. de Redon, n®« 135, 147, 166, 168, pp. 102, 112, 129, 130.
(10) Ibid, voir entre autres, n® 131, p. 100; n® 252, p. 204; n® 133, p. 100; n®^ 9, 12, 13, 14, 16, pp. 10, 13, 14, 16; n® 171, p. 132; n® 112, p. 86; n® 180, p. 139.
LES DYNASTIES MACHTIERNALES.
le jeune et Conan (1); — et dans le même temps à peu près (843 à 871), leurs trois cousins, Catloiant, Ratuili et larnwocon, fils de Wrbili (2).
Un peu au Nord des domaines de larnhitin, une autre famille de machtierns gouvernait de même de père en fils les trois plou d’Alcam (Augan), d’Arthmaêl (Ploêrmel) et de Kempeniac (Campénéac). Le premier qu’on trouve dans les actes, de 833 à 846, est Riwalt mentionné ci-dessus, qui se dit héritier de larnwocon et fut père de deux fils, Deurhoiarn et Framwal (3), ce dernier mort jeune sans doute, car on ne le voit point après son père, au lieu que Deurhoiarn continue à faire figure comme machtiern depuis 847 (4) jusqu’en l’année 875, où il mourut ainsi que sa femme Roiantken, en laissant pour héritier un fils appelé encore larnwocon (5).
L’histoire de ces petites dynasties serait curieuse à faire, mais ce n’en est pas ici la place. Un des traits curieux de leur histoire, c’est que souvent les divers membres de la famille d’un machtiern, — fils, frères, cousins même, — exercent conjointement, simultanément et dans le même plou, toutes les fonctions machtiernales. Ainsi en Carantoir, avant 814, on voit une donation faite et passée » sous l’autorité de larnhitin et de son jeune fils Wrbili (6) » En 821 , itn acte de vente en Rufiac indique comme chef du plou a larnhitin machtiern et ses fils » Portitoë et Wrbili (7). » Peu de temps après, dans le même plou, des plaideurs, réclamant le tribunal de leur machtiern, se présentent pour avoir justice « devant » larnhitin et ses fils, Portitoë et Wrbili (8). » — Ces deux frères issus de larnhitin sont souvent mentionnés comme exerçant conjointement le pouvoir machtiernal dans les divers plou, domaine de leur famille. J’en ai cité plus haut (p. 145) quelques exemples, le Cartulaire de Redon en contient bien d’autres. — En 843, on voit Ratuili, fils de Wrbili, figurer seul dans un acte comme machtiern du plou de Carantoir, et cependant son père vivait encore et il réparait l’année suivante dans un autre acte comme machtiern du même plou (9). Il y a beaucoup de faits de ce genre, je terminerai par l’un des plus caractéristiques, parce que ce n’est plus deux frères ou bien un père et un fils exerçant ensemble le machtiernat ; ce sont deux cousins, larnhitin le jeune, fils de Portitoë, Ratuili fils de Wrbili, qui sous le règne d’Erispoë (851-857) sont dans le même acte proclamés, l’un et l’autre, à titre égal, machtierns du plou de Rufiac (10).
Entre la dignité du chef de plou et l’autorité des officiers franks, comtes.
(1) Sur Gonwal, Ibid, n* 13, p. 13. — Sur larnhitin, n® 210, p. 170. — Sur Conan, n® 165, p. 128. Ces personnages paraissent dans beaucoup d’autres actes, dont l’indication ici serait trop longue et que i’on trouvera aisément au moyen des tables du Cartulaire de Redon.
(2) c Ante Portitoë, et Ratuili et Catloiant et larnwocon filios Worvili. » (Cariai, de Red., n® 180, p. 139.) c Wrbili machtiern , Catloiant filius ejus. » (Ibid, n® 171 , p. 132.) « Ratuili filius Worvili. » (Ibid, n® 134, p 102.) Etc.
(3) « Voir Lobineau, Hist. de Bref. II, col. 69; Cariai, de Redon, n® 6 répété au n® 123, pp. 6 et 93; n®* 107, 122, 194, pp. 81 , 92, 151 ; Append. n®* 7 et 24, pp. 356 , 362.
(4) Ibid, n® 175, p. 135 (daté 858 par l’éditeur du Cartulaire mais la date de 847 lui convient aussi bien et même mieux); n® 193, p. 150 ; n®» 24, 79, 240, 241, pp. 20, 61, 188, 192 ; n® 236, p. 184-185.
(5) Sur ce larnwocon voir Ibid, n®* 79, 175, 225, 236, pp. 61, 135, 174, 184-185, etc.
(6) « De verbo larnhitin et fllioli sui Wrbili. » (Ibid, n® 166, p. 129.)
(7) c larnhitin machtiern et filius (sic) Portitoë et Wrbili. » (Ibid, n® 146, p. 112.)
(8) t Ante larnhitin et filios suos Portitoë et Wrbili. » (Ibid, n® 147, p. 113.)
(9) Voir Cariai, de Redon, n®* 111 et 112, p. 85, 86.
(10) Ibid, n® 143, p. 109.