‹ Histoire de Bretagne. Tome secondChapitre 115 sur 392 · LE JUGEMENT PAR JURÉS · texte numérisé non relu

LE JUGEMENT PAR JURÉS

de Redon ; nous allons donc le voir occuper ici la place du macbtiern. Je traduis littéralement :

Cette charte enseigne et constate comment Justum, fils de Just, du ploa d’Avizac (auj. Avessac), mit en cause les fils de Wesilloc, prétendant prouver qu’ils ne devaient pas hériter du village de Bot Cuton (en Bain) mais de celui de Roinoc en Avizac. C’est pourquoi il y eut entre eux, devant l’église de Bain, un grand plait ou assemblée de justice (placitum magnum) par devant Foucheri (Fulcricus) abbé de Redon et son prévôt Haëlworet, en présence de cinq de ses moines, Riwelen, Adgant, Tutahel, Loïeshoiarn et Anaubritou cellerier du couvent, tous témoins de ce qui fut fait, ainsi que les prêtres de l’église de Bain, Hailcobrant, Castat, larnbatoui et Romic. — On choisit alors des hommes capables {viri idonei), de vie et de mœurs éprouvées; au nom du Dieu toutpuissant on les adjura de manifester leur témoignage sur cette question sans se laisser séduire par des présents, en disant au contraire sans nul détour et sous la foi du serment ce qu’ils sauraient être le droit et la vérité (1). Voici leurs noms : Cowallon, Roinoc, Paskhic, Woric, Wetenworet, Junedoc et Catwodal. Le témoignage qu’ils manifestèrent (hoc testimonium perhibuerunt) en se déclarant prêts, s’il le fallait, à le soutenir par serment, fut que les fils de Wesilloc avaient

plus de droit au village de Bot Cuton qu’à celui de Roinoc . Ce fut fait devant

l’église de Bain, le mardi 6 des nones de mai (2 mai) de l’an du Seigneur 892, Alain étant alors comte et Bili évêque de la cité de Vannes, en présence de nombreux témoins : larnworet, Trewon, Precamur, Finitworet etc. »

Toujours même composition du tribunal. Le macbtiern ici c’est l’abbé; il préside la cour, il ne juge pas. Auprès de lui ce groupe de moines et de prêtres, c’est la troupe des multi nobiles viri rangés au plait de Lis-Kelli autour du macbtiern Gradlon. Les viri idonei, ce sont les boni viri ou scavini des autres procès, en un mot les jurés. On voit ici bien clairement qu’ils sont choisis pour chaque cause (exinde electi suni viri idonei), désignés sans doute par le macbtiern sur l’avis des notables, véritables assesseurs siégeant à ses côtés. Et nous avons là dans une curieuse formule les fortes adjurations qu’on avait coutume de leur adresser au nom de Dieu, pour les presser de rendre leur jugement en dehors de toute suggestion, de toute considération autre que celle de la vérité et de la justice. Leur jugement s’appelait leur a témoignage (testimonium) s et ils devaient être prêts à le soutenir par serment. Le jugement de nos jurés aujourd’hui s’appelle verdict, ils en jurent la vérité devant Dieu et devant les hommes. Cela se ressemble beaucoup.

Ainsi le jugement par jurés, devant le macbtiern présidant l’uudience, a été usité en Bretagne jusqu’à la fin du IX« siècle. Mais, nous l’avons dit plus haut (p. 136-137), il existait une autre forme de jugement moins compliquée, dont usaient à l’occasion le roi et les comtes et, tout comme eux, les machtierns. En voici quelques exemples.

(1) c Et exinde electi sont oiri idonei, vita et moribos probati, qui nulla iniquitatis mercede seducti falsum testimonium perhiberent, sed quod rectum verissimumque de bac re scirent, in Domine Domini omnipotentis actjurati, sine uUa lalsitate dicerent et jurarent. » (Cartul. de Redon, n®271, p. 220.)

Page 1