AUTRE FORME DES JUGEMENTS DU MACHTIERN
En 854, un habitant du ploa de Sei (aujourd’hui Plessé, Loire-Inférieure^ appelé Lalocan avait donné à l’abbaye de Redon une terre importante, une villa dite Treb-Hinoi située dans ce territoire. Contre ce don protestèrent deux cousins du donateur, Cowellic et Brithaêl, qui prétendaient avoir droit sur cette terre, en alléguant (selon toute apparence) que leurs pères et celui du donateur, frères entre eux, n’ayant pas fait de partages comme il arrivait souvent, les cousins, fils de ces frères, étaient encore dans l’indivision. Ils allèrent présenter leur plainte au chef du plou, Hoiarnscoêt, qui mit en cause les moines de Redon et le donateur Lalocan. Celui-ci rassembla alors une douzaine de notables du plou de Sei et des plou limitrophes — d’abord trois prêtres, Maencomin, Wetenwoion, Wetenoc, puis des anciens, Catwotal, Catloiant, Warnher, Cadalun, etc. — et avec ce bataillon il se rendit à l’audience d’Hoiarnscoêt, qui résidait alors dans la villa de Sarant (1) et qui, comme le missus de Nominoë dans l’affaire de Balrit (ci-dessus p. 136) procéda à une véritable enquête en interrogeant tous ces notables. Tous déposèrent que les auteurs de Cowellic, de Brithaêl et de Lalocan, au lieu de rester dans l’indivision, avaient depuis longtemps partagé entre eux le patrimoine commun, et que par là Treb-Hinoi, tombé dans le lot du père de Lalocan, appartenait légitimement à celui-ci sans que les cousins y eussent rien à prétendre. Le résultat de l’enquête fît loi et, sans intervention d’aucun jury, les cousins furent déboutés (2). On voit, par les noms inscrits au pied de cet acte, qu’Hoiarnscoêt était dans cette audience entouré d’une dizaine de notables.
Sous le roi Salomon (en 860 ou 866), un litige s’éleva entre deux hommes du plou de Rufiac. L’un d’eux, Wobrian, avait vendu une propriété (alodum) à l’autre appelé Wetenoc. Cette vente datait déjà d’assez loin, au moins de plusieurs années {multo ante tempore), Wetenoc jouissait en paix de son acquisition, quand tout à coup son vendeur l’accusa d’avoir occupé et de détenir plus de terre qu’il n’en avait acheté. Indigné de cette imputation, Wetenoc fit convoquer une audience publique devant le machtiern (3). Il relut son titre d’acquisition, consulta quatre voisins qui connaissaient depuis longtemps les limites des terres de ce canton, puis au jour dit, son titre en poche, avec lui ses quatre voisins — Fomus, Jacu, Rethwalart et Drehwobri, — Wetenoc se rendit au bourg de Rufiàc. Le machtiern larnhitin, fils de Portitoê, tenait son audience dans l’église; près de lui, partageant la présidence de l’assemblée, étaient un délégué du roi Salomon appelé Litoc, et un autre machtiern, Hinwalart. Autour d’eux un groupe d’une dizaine de notables, parmi lesquels figuraient au premier rang deux abbés (Sulmin et luna).
(1) « Convocavit Lalocan oiros nobiles et maxime seniores qui erant in ilia plebe et in aliis plebibus, quorum ista sunt nomina... Isti omnes vénérant cum Lalocano ante Hoiarnscoit, in villa quœ dicitur Sarant » (Cartul. de Redon, n® 162, p. 125-126).
(2) « Testificaverunt et dixerunt quia plus erat illi (Lalocano) rectum quam illis (consobrinis) quia in antiquis temporibus diviserunt parentes eorum suam hereditatem inter se , et ilia villa (Treb Hinoi) cecidit in partem genitoris Lalocani, et eos convicerunt. Et postquam convicerat eos Lalocan cum suis testibus, iterum tradidit suam totam hereditatem in manibus monachorum qui in illo placito erant. » (Ibid. p. 126.)
(3) « Placitum inde levavit » (Ibid, n» 139, p. 106). Cette expression, souvent répétée dans les chartes de Redon, donnerait à croire que la partie sollicitant Faction judiciaire convoquait elle-même l’audience ; mais quand l’audience se tenait devant le machtiern, il Rdlait bien le consentement préalable de celui-ci et même son intervention pour constituer le tribunal.