‹ Histoire de Bretagne. Tome secondChapitre 119 sur 392 · DROIT DU CHEF DE FLOU SUR LES TONLIEUS · texte numérisé non relu

DROIT DU CHEF DE FLOU SUR LES TONLIEUS

application du système des compositions dont nous parlions tout à Theure.

Comme conclusion de cette étude sur la juridiction criminelle et civile des machtierns, il me vient une réflexion rétrospective. Quand on parcourt les nombreuses notices et chartes judiciaires du Cartulaire de Redon qui nous montrent à chaque instant les chefs de plou rendant la justice, on admire la cynique impudence d’Ermold Nigel, affirmant comme chose toute simple ét hors de contestation qu’il n’y avait chez les Bretons ni justice ni tribunaux (p. 9 ci-dessus).

§ 5. — Autres prérogatives du chef de plou.

L’autorité judiciaire était certainement la plus essentielle et plus importante prérogative du chef de plou, et c’est celle que nous connaissons le mieux. Pourtant il en avait d’autres. Ainsi l’histoire du tonlieu de Balrit prouve que c’était lui qui percevait les droits levés sur les navires débarquant dans un port, et aussi sur les marchandises vendues en un lieu public dans toute l’étendue de son plou. Cette histoire offre d’ailleurs plusieurs traits bons à recueillir.

Barilt, aujourd’hui Bauré, est un petit port naturel sur la rive gauche de l’Out, en un lieu où cette rivière se trouve encaissée entre deux fortes collines aux pics abrupts qui l’abritent contre les vents du Sud-Ouest et du Sud-Est (1). Depuis que Ratuili, Nominoê et Louis le Débonnaire avaient donné le plou de Bain à Conwoion, l’abbé de Redon percevait tous les droits levés à Balrit tant sur les bateaux abordant et stationnant dans le port que sur les marchandises amenées par eux et vendues à terre, — droits compris sous le nom de teloneum ou tonlieu. Les produits en étaient beaux, ils mirent en appétit deux autres monastères situés sur le territoire de Bain, dits Ballon et Busal, bien moins importants que Redon, mais dont les domaines devaient border le cours de l’Out. On ne sait rien sur Busal ; quant à Ballon on doit le placer, nous l’avons dit (ci-dessus p. 38 et 48), au lieu du village actuel de la Bataille. Convaincus sans doute que leur monastère, illustré par la glorieuse victoire de Nominoë, devait pour cette raison compter sur la faveur de ce prince, les religieux de Ballon lui députèrent un beau jour (2) deux d’entre eux — Corweten et Catwolon — pour le prier de donner à leur maison une partie des droits perçus jusqu’à ce moment à Balrit par les seuls moines de Redon (3).

(1) Bauré n’est pas apjourd’hui un lieu habité, c’est une colline en Bain, appelée la grée de Bauré (ou Baureu, mauvaise prononciation) ; elle se trouve sur la rive gauche de l’Out à 800» environ au S.-E. du point où, sur la rive droite, la tranchée rectiligne du canal de Bretagne se détache de cette rivière pour aboutir, vers l’O., à l’écluse de la Bouessière en Peillac. Dans la carte de France de l’Etat-Major, feuille 90, Bauré n’est pas nommé, mais cette colline est figurée sur le bord de l’Out, sous le mot le du nom le Bois-Borgne, à TO.-N. O. du bourg de Bain (Bains). C’est à une gracieuse communication de M. le comte René de I^igue que je dois tout ce qui concerne l’identification de Balrit et de Bauré.

(2) De 841 à 851. On ne peut fixer une date plus précise. Impossible de découvrir pourquoi l’éditeur du Cartulaire de Redon indique 848 ou 849.

(3) < Venientes sacerdotes his nominibus, Corweten et Catwolon, ex monasterio Ballon ad Nominoe, deprecantes eum ut eis donaret partem ex navibus et ex emptoribus in Balrit. » (Cartul. de Redon, no 106, p. 80.)

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