QUI DÉRIVE DU RÉGIME PATRIARCAL
mais qui était toujours le chef de celui de Sixt, tomba gravement malade en ce dernier ploa, où il avait sa résidence au manoir de Les-Fau. Les médecins, après l’avoir soigné de leur mieux, déclarèrent l’état du malade désespéré. Abandonné des hommes il résolut d’invoquer le secours de Dieu, par l’intercession des pieux moines auxquels il avait donné asile. « Alors, dit le biographe de saint Conwoion,
» il ordonne à son peuple de le porter dans son lit au saint lieu de Redon accom- » pagué de son fils Libérius. Eux donc, remplissant l’air de leurs plaintes et de » leurs gémissements, accomplissent l’ordre de leur seigneur et l'amènent au » monastère (1). » L’expression « son peuple (populo suo) s> est trop large pour ne comprendre que la domesticité de Ratuili ou un nombre restreint de vassaux : elle embrasse naturellement l’ensemble de la population du plou; c’est celle dont on se sert pour exprimer la foule qui assiste aux publications d’actes authentiques faites en la présence de tous les plebenses : t Cela fut fait (dit-on), cela fut publié » dans l’église (ou) devant la porte de l’église, en présence du peuple, devant le » plou tout entier : présente populo, coram omni plebe (2). » Ces deux expressions sont synonymes. Ce sont donc les hommes de son plou qui se relaient pour porter sur leurs épaules le lit de douleur où agonise le bon machtiern. Il est leur seigneur (dominus suus/ , ce récit nous le dit, et il a sur eux autorité. Mais pourquoi ? Parce qu’il est le chef de leur sang, de leur clan et de leur race, et eux ils sont si bien de sa famille, qu’ils pleurent sur lui comme des enfants sur leur père.
La sujétion des hommes du plou à leur chef provenant non d’une convention mais d’un fait primitif et permanent, (la solidarité du sang et de la race), — cette sujétion était perpétuelle, héréditaire, et ne pouvait être en aucun cas brisée ou abjurée. Dans le régime bénéficiai ou féodal, au contraire, en renonçant au bénéfice (au fief), le client (ou vassal) était délié de ses obligations envers le patron (ou seigneur). Une charte de Redon nous montre en face l’un de l’autre, dans une opposition très accusée et très caractéristique, le régime du plou et le système bénéficiai ou féodal.
Dans les plou de Bain, de Brain, de Langon et de Renac, qui lui avaient été donnés par Louis le Débonnaire, l’abbaye de Redon, nous l’avons vu plus haut (p. 144), avait les droits de chef de plou, qui étaient exercés par l’abbé. Ce monastère possédait en outre dans beaucoup d’autres plou, par suite de donations émanant de la piété des fidèles, de nombreux domaines dont elle avait, comme tout autre propriétaire, la libre disposition. Ainsi en Peillac (Poliac, Poilac) elle en avait un, dit Bron-Judwocoh, qui porte dans le Cartulaire. le titre de villa et semble avoir été de grande importance. Conwoion, pour en tirer parti, en concéda
(1) « Illo igitur tempore œgrotavit venerabilis Ratwili in infirmitate gravi, ita ut desperaretur a medicis ulterius vivere. Quod ille cernens jussit populo suo ut ducerent eum in lecto suo ad sanctum locum Rotonensem cum suo filio Liberio. Illi vero, cum planctu et ejulatu magno, conipleverunt prœceptum domini sui, deductusque est in monasterium. » (Gesta SS. Roton. I, cap. 4, édit. Mabillon, p. 195 ; D. Morice Preuves I, 235.)
(2) En 830 : « Factum est hoc in ecclesia Rufiac, présente populo. fCartul. de Red. n» 155, p. 120.) — Vers 860-868 : « Manifestavit in ecclesia Rufiac, post missam, coram populis qui erant in ecclesia. » (Ibid. n<> 44, p. 36.) — En 878 ; « Firmavit illam donationem coram omni plebe in ecclesia Serent. i» (Ibid, n» 263, p. 213.) Dans ces formules, dont on pourrait citer bien d’autres exemples, populus comme plebs désigne évidemment toute la population du plou.