DE LA FIDÉLITÉ DUE PAR EUX AU CHEF DU PLOU
descendance. En un mot le plou, c’est le clan, c’est la tribu, c’est une dérivation du régime patriarcal.
La charte de Bron-Judwocon suggère naturellement, quant aux obligations des ploaéïs envers le machtiern, une dernière question. Les hommes du plou devaient-ils au machtiern le service militaire ?
Quant au service militaire proprement dit, le fait est peu probable ; nulle part au IX® siècle on ne voit le machtiern investi du droit de guerre privée, nulle part il n’a l’aspect d’un chef de guerre. Le chef de guerre, c’est le comte, héritier des petits princes de l’époque mérovingienne, maintenant soumis à l’autorité du roi de Bretagne. Quand le roi publie le ban de guerre, chacun des comtes semond ses machtierns de lui envoyer leurs contingents, et chaque machtiern doit lui amener les guerriers de son plou. Mais ce service militaire n’est point rendu au chef du plou, il est dû et rendu à la nation et il a un caractère public.
Toutefois, menacé d’un péril ou d’une agression quelconque, le machtiern avait évidemment le droit de réclamer l’assistance des hommes du plou, et ils la lui devaient aussi, en cas de besoin, dans l’exercice légitime de son autorité, surtout pour assurer l’exécution des jugements de son tribunal. — Bref, dans les chartes du IX® siècle, la dignité de machtiern a le caractère d’une magistrature pacifique bien plus que d’un commandement militaire.
§7. — Les anciens et les notables du plou.
Le ma'thtiern était le chef du plou, mais il était loin d’en absorber en lui la vie tout entière. A côté de lui les hommes libres du plou avaient à remplir un rôle actif et important. Les anciens et les principaux d’entre eux formaient une élite, une sorte de conseil qui agissait de concert avec le machtiern ou même sans lui, qui donnait son avis sur toutes les questions graves et litigieuses surgissant dans le plou, qui souvent les décidait par un jugement formel rendu sans l’assistance du machtiern. Dans les actes du temps cette élite de la population est nommée le plus souvent boni viri, les « bons hommes, » c’est-à-dire les plus braves gens et les plus honnêtes du plou. On les appelle aussi seniores, — optimates, — principes plebis, les anciens, — les meilleurs, — les premiers ou les principaux du plou, — et encore nobiles viri, scavini, judices. Ici, la qualification de nobiles viri répond plutôt, dans le style actuel, à « notables » qu’à nobles. Quant au titre de « juges d (scavini ou judices/, il était très justifié, car dans toutes les actions judiciaires ils jouaient un rôle important, soit comme assesseurs rangés autour du machtiern, soit comme jurés statuant sur le point de droit et prononçant la sentence, le testimonium (1), soit comme conseil d’enquête dont la réponse faisait loi, soit enfin comme constituant un véritable tribunal.
Pour juger de l’importance des seniores et optimates plebis comme conseil d’enquête sur les questions les plus graves, il suffît de se rappeler leur rôle dans l’affaire du tonlieu de Balrit (cLdessus p. 156), dans la revendication des colons (1) On a vu plus haut (p. 150) la synonymie de boni oiri et de scavini.