ASSEMBLÉES ET JUGEMENTS
de Bain par Pascwilen et le machtiern Gredworel (p. 127). Complétons la physionomie de Tinstitution en relatant quelques-uns de leurs jugements qui ne sont pas sans intérêt.
Vers Tan 830, il y eut dans le ploa d’Ânast (aujourd’hui Maure) une cérémonie intéressante. Un jeune homme appelé Worcomin se destinant à la prêtrise dut, comme opération préparatoire, faire abattre sa chevelure. On avait appelé pour la circonstance Tabbé Nodhoiarn, chef d’un monastère voisin, peut-être de Gaël. Mais ce ne fut pas lui qui fit tomber sous le ciseau les cheveux de Worcomin, cet honneur fut réservé à larncoglin, parrain du jeune homme, et qui se conduisit très bien, car il dota son filleul d’une jolie petite terre appelée Pérou, et c’est à Pérou que l’on dina : bon diner dû à la munificence du père de Worcomin nommé Riwr, qui fournit pour les convives deux barils d’hydromel, vingt-quatre pains et trois moutons ; beau festin, honoré de la présence de l’abbé Nodhoiarn et d’une douzaine de notables d’Anast. Chacun revint de là content. Et pourtant quelque temps après, on ne sait s’il s’était brouillé avec son filleul, mais larncoglin eut regret de sa générosité et somma Worcomin de lui rendre la terre de Péron. Worcomin étant absent, Riwr son père répondit à cette demande en donnant rendez-vous au parrain dans le bourg d’Anast, devant l’assemblée (placitum! des notables de ce plou. Chacune des parties désigna, parait-il pour former le tribunal, un nombre égal de notables (boni virij, qui avaient ainsi le caractère de juges-arbitres. Tous ces juges furent unanimes à reconnaître qu’on ne pouvait reprendre ce qu’on avait donné, et condamnèrent larncoglin à confirmer et renouveler sa donation : ce qu’il fit sans trop se faire prier (1).
A une date un peu incertaine, qui parait êlre 854, nous trouvons au bourg de Sixt un plait ou jugement des notables du plou, très bien caractérisé. On Sixtin du nom de Dreglur réclamait, comme devant faire partie de son domaine de Ran-Henbar, un champ [particiilam ierrœj que — à l’en croire — son voisin Dinaërou avait injustement annexé à sa terre de Ran-Brochan. Ce dernier résistant, les deux parties s’entendirent pour « lever un plait devant les principaux » habitants du plou, » c’est-à-dire pour provoquer un jugement de l’assemblée des notables, qui se réunit dans l’église de Sixt et adjugea le champ à Dinaërou, s’il pouvait jurer toutefois sur le saint autel, et trois hommes avec lui, que cette parcelle dépendait de Ran-Brochan, non de Ran-Henbar. Il jura et gagna (2).
Rien de plus calme et de plus régulier que ces deux jugements. Mais voici une autre scène. Vers 840, un habitant du plou d’Avizac (Avessac près Redon), appelé Urblon, avait donné à saint Conwoion, sur la rivière de Vilaine, une écluse dite Coret-Loencras. Peu de temps après, en 841, cette donation fut vivement attaquée par un certain Wrbudic prétendant avoir des droits sur cette écluse. On convint de venir discuter la question en face du lieu litigieux, sur le bord de la
(1) f Postea repetit larncoglin istam elemosinam super Riwr et super filium suum Worcomin. Et Riwr contendit, et venerunt in placitum ante uicum Anastum, et ibi judicauerunt boni oiri ex utraque parte quod non deberet larncoglin auferre vel minuere donum ôlioli sui, quod anteadederat ei » (Cartul. de Redon, n» 129, p. 98).
(2) « (Dreglur et Dinaërou) levaverunt placitum coram principibus plebis, et ibi judicatum est ad Dinaërou quod Juraret cum tribus viris, ille quartus, quod justius et propius esset ilia supradicta terra ad Ran Brochan quam ad Ran Hcnbar : quod ita factum est, et Juravit Dinaërou primus et post eum, etc .. Factum est hoc in ecclesia Siz. n {Ibid., n» 46, p. 37.)