‹ Histoire de Bretagne. Tome secondChapitre 126 sur 392 · DES ANCIENS ET DES NOTABLES DU FLOU · texte numérisé non relu

DES ANCIENS ET DES NOTABLES DU FLOU

Vilaine, devant les hommes du plou d’Avizac qui devaient donner leur témoignage. Wrbudic se présenta, et aussi beaucoup de gens d’Avizac. Conwoion arriva de son côté accompagné d’un groupe d’hommes de Bain, qui venaient en cette circonstance assister leur chef de ploa. La question fut discutée ou plutôt disputée à grand bruit (1). Tout à coup Wrbudic, furieux de voir toutes ses prétentions détruites par les titres et les arguments de l’abbé de Redon, s’écria avec colère que la donation de l’écluse était nulle parce que le patrimoine d’Urblon, dont elle faisait partie, n’était pas de condition libre mais de la nature des biens tenus par les colons (2) et que dès lors Urblon n’avait pas le droit de l’aliéner. La chose était absolument fausse , cette assertion causa d’abord aux anciens d’Avizac une sorte de stupeur bientôt changée en indignation : tous crièrent à Wrbudic qu’il était un affreux menteur, le forcèrent de se prosterner aux pieds de Conwoion, où il confessa son mensonge et renonça à toute prétention sur l’écluse (3).

Celte affaire d’Avizac a une autre physionomie que les précédentes. Ici encore les « anciens (homines Avizac senes) d semblent jouer le principal rôle, mais il y a là toute une foule qui discute, donne son avis et intervient au procès, au moins par ses émotions et ses clameurs. Les anciens eux-mêmes ne gardent point cette belle impassibilité des <ic bons hommes (boni viril d d’Anast ni des c principaux (principes plebis) » de Sixt ; ils se mettent en colère, ils crient, ils s’indignent. Bref cette scène semble nous reporter au premier âge de l’institution, alors que probablement tous les hommes libres du plou prenaient part aux assemblées judiciaires et proclamaient leur sentence par des manifestations bruyantes au lieu de s’enfermer dans les formules d’une calme procédure.

Les jugements d’Anast et de Sixt, au contraire, sont très corrects, autant que tous les jugements des machtierns conservés dans le Cartulaire de Redon. On ne voit guère de distinction essentielle entre les deux juridictions, sinon que celle des notables semble ignorer l’usage du jury et procède toujours par enquête. Au civil, la compétence est la même. La différence unique, c’est l’absence ou la présence du machtiern, et elle a un côté important, car le machtiern assurait l’exécution de ses propres jugements, tandis que rien ne l’obligeait à faire exécuter ceux des notables. Les sentences de cette dernière juridiction devaient donc être acceptées d’avance par les parties contendantes, ce qui lui donnait le caractère d’un tribunal arbitral, comme je l’ai dit plus haut (p. 162) à l’occasion du jugement d’Anast. Si le perdant résistait à la sentence, on pouvait le déférer au tribunal du machtiern. Mais ce cas devait être rare, vu le respect qui entourait les anciens et les notables du plou (4).

(1) « Convenerunt malti viri de Bain et de Avizac saper ripam Visnoniam (sic), contradicentes et disceptantes propter illam exclusam » {Ibid. 195, p. 151).

(2) « Dixit quod falsa esset carta Urblon, et hereditas ejus non est libéra nisi colonica. » (Ibid.)

(3) « Tune habuerunt UH homines Avizac senes metum [et] iracundiam, increpantes ipsum Wrbudic propter mendacium quod dixerat. Tune Wrbudic confususet supplex, prostratus ad pedes Conwoion i, confessas est se mendacium dixisse et portionem de exclusa non debere habere » (Ibid. p. 152).

(4) Exemples, les affaires déjà citées de Balrit, des colons de Bain, et encore ce trait. En 852, un nommé Fomus réclamant comme sienne une terre sise en Augan, qui avait été donnée à Redon, l’abbé Conwoion envoya trois de ses moines consulter les notables de ce plou : t (Transmisit) très doctissimos fratres in conspectu virorum nobilium qui manebant in ilia plebe, ut interrogarent eos utnim (Fomus) verum quœreret, an non » — et il se conforma entièrement à l’avis des notables. Voir Cartul. de Redon, n» 127 p. 96. Cf. sur les jugemeuts des notables Ibid. n<>* 144 , 246 , 264, p. 110, 197, 214, etc.

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