LA RECOMMANDATION ET LE BÉNÉFICE
EN BRETAGNE AU IXe SIÈCLE.
U chapitre qui précède, malgré toutes les lacunes, toutes les incertitudes imposées par la pénurie et parfois l’obscurité des documents antiques, se dégage, si je ne me trompe, cette double conclusion :
1® L’institution civile du plou, dérivée de la tribu celto-bretonne, après avoir été, aux V® et VI® siècles, la molécule primordiale de la société britoarmoricaine, en reste encore, au IX®, la base principale ;
2® Cette institution essentiellement celtique et bretonne par son fond, son principe et sa nature, est spéciale par sa forme aux Bretons du continent, et constitue le trait le plus original, le plus caractéristique de leur organisation.
On nous pardonnera de nous y être un peu attardé, car jusqu’ici aucun de nos historiens n’en avait dit un mot (1).
Mais ce vieux tronc celtique fleurit encore — et déjà, issue d’un autre germe, d’un autre principe, parait ça et là une végétation nouvelle qui bientôt, favorisée par les circonstances, le supplantera.
A côté du lien primitif, émanant d’un régime patriarcal, qui unit tous les habitants du plou au descendant de son fondateur représenté par le machtiern, on voit, au IX® siècle, s’établir en Bretagne, entre les hommes libres, un autre genre de relations hiérarchiques fondé sur des conventions individuelles, appelées, nous l’avons dit, la recommandation et le bénéfice.
Par la recommandation un homme libre se mettait sous le patronage d’un plus puissant que lui afin d’obtenir sa protection, en s’engageant à lui être fidèle, c’est-à-dire à lui obéir et à l’assister toutes les fois qu’il en sera requis. Le plus souvent, le patron attribuait au recommandé la jouissance d’un bien appelé bénéfice pour reconnaître son service, mais parfois en attachant à cette jouissance quelques charges ou obligations spéciales. Dans certains cas, la prestation du bénéfice, au lieu de suivre la recommandation, la précédait et pouvait en être la cause déterminante ; peu importe cette circonstance, car la nature du contrat, des droits et des obligations qu’il créait de part et d’autre, était la même dans les
(1) Dans les 400 pages de V Introduction ou Prolégomènes du Cartulaire de Redon, où il y a sans doute de fort bonnes choses, à peine trouve-t-on une trentaine de lignes contenant quelques notions vagues ou peu exactes, sur le plou et le machtiern.