‹ Histoire de Bretagne. Tome secondChapitre 130 sur 392 · OBLIGATIONS ET DROITS DES PATRONS · texte numérisé non relu

OBLIGATIONS ET DROITS DES PATRONS

OU Rigun était occupé, vers 833, à vendre et à engager son bien situé dans le plou de Bain ; quand il ne lui resta plus que quelques lambeaux de terre en un lieu appelé Librcoêt, il alla les donner à Tabbé de Redon, à condition que l’abbé lui fournirait toute sa vie le vivre et le vêtement (1). De même sous l’abbé Ritcant (867-871), un particulier du nom de Dreholom, habitant la paroisse de Cornou (entre la Chère et la Vilaine), donna sous même condition tout son bien aux moines de Saint-Sauveur (2) ; mais ici le mobile semble avoir été la piété plus que l’indigence. Néanmoins, la situation dans laquelle ces deux hommes se plaçaient vis-à-vis de l’abbé de Redon équivalait à la recommandation et faisait d’eux des clients (ou vassaux) du monastère.

Les obligations incombant aux patrons du fait de leurs clients ou recommandés étaient souvent plus onéreuses que la fourniture de vivres et de vêtements dont il est ici question. Au commencement du X« siècle, en l’an 913, trois fiers garnements, Howen, Catlowen et Urveian, fils d’un nommé Treithian, peut-être descendants des mauvais tierns Illoc, Tredoc, Ratfrid, en tout cas héritiers de leur méchanceté, sous prétexte — comme toujours — de revendiquer des terres sur lesquelles ils n’avaient aucun droit, s’étaient mis à ravager et brûler les domaines du monastère de Redon. L’abbé Catluiant s’adressa alors au prince Rudalt, fils du roi Alain le Grand et après lui comte de Vannes ; il le pria de faire justice de ces brigands. Rudalt, ayant appris que ces pillards étaient a: dans le service {in servitio/ » de Bili évêque de Vannes et de Riwalt son frère et son archidiacre, cita devant lui ces deux gros personnages et leur demanda pourquoi ils avaient laissé c leurs hommes {suos hominesj d dévaster les domaines des moines de Redon. — Bili et Riwalt jurèrent que jusqu’à ce moment ils n’en avaient rien su. Cette ignorance ne supprimait pas leur responsabilité. Les moines de Redon devaient être indemnisés des dommages qu’ils avaient eu à subir. Les fils de Treithian, en bons brigands, mangeant au fur et à mesure tout ce qu’ils volaient, n’avaient pas le sou pour payer cette indemnité. Dès lors leurs patrons, qui les tenaient sous leur pouvoir et eussent dû empêcher ces ravages, leurs patrons devaient répondre de leurs méfaits. Aussi l’évêque et son frère s’empressèrent de garantir à l’abbaye la réparation des torts qu’elle avait soufferts. Quant aux trois bandits, tout ce qu’on en put tirer fut le serment, fait sur le chef de saint Just, de laisser désormais en repos Redon, ses moines, ses hommes, ses biens (3).

Voici un autre cas oû les inconvénients du régime de la recommandation semblent avoir été plutôt du côté du client. Sous le règne du roi Salomon, un noble du pays de Wenran (ou Guérande), Duil fiJs de Rivelen, s’était donné un « fidèle, D un « homme » appelé Catlowen, en lui concédant à titre de bénéfice la jouissance de quelques salines. Cette jouissance ne dura pas longtemps. Duil, qui était un mange-biens, fut bientôt réduit à engager ses immeubles. Les salines, même celles de Catlowen, y passèrent comme le reste. Ce qui est curieux, c’est

(1) t Dédit Rigun, postquam pauper erat, duas partes hereditatis suæ in Librcoêt S. Salvatori de Rotono, ut daretur ei victus et vestitus » (D. Morice, Preuves 1, 297, acte omis dans l’édit, du Cartul. de Redon). Cf. sur Librcoêt et sur Rigun ou Ricun, Cartul. de Red. n«* 121, 181, 182, 183, p. 91, 140 à 142.

(2) « Dédit Dreholom totam hereditatem suam in Cornou S. Salvatori . ita tamen ut ipsi

monachi adjuvent ilium victu et vestimento quandiu vixerit • {Ibid. n° 224, p. 173).

(3) Voir toute l’histoire des fils de Treithian dans le Cariulaire de Redon, no 274, p. 222.

Page 1