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LES BÉNÉFICES EN BRETAGNE AU IX« SIÈCLE

que pour les engager il fallut le concours des deux personnages : du patron resté propriétaire, du client bénéficiaire, c’est-à-dire usufruitier, qui se dépouille à contre-cœur de son bénéfice, en constatant la violence qui lui est faite {exjussu Duil domini suit, mais n’en reste pas moins l’homme et le fidèle de l’autre, car il l’appelle son seigneur {dominas sans/. Cela se passait en 863, 865, 866 (1). Il y a là déjà quelque couleur de seigneur et de vassal, mais le fief manque, le bénéfice révocable que nous rencontrons ici en est à peine le germe.

Cette institution du bénéfice, les moines de Redon semblent avoir été portés à la développer, sans doute pour se procurer, sur divers points plus ou moins éloignés de leur monastère, des agents dévoués à leurs intérêts. Quoique le nombre des actes du IX« siècle venus jusqu’à nous soit relativement bien minime, nous trouvons des bénéfices de l’abbaye de Redon semés dans six ou huit paroisses, comme Plaz (auj. Brain), Avizac (Avessac), Malensac, Pluherlin, Carentoir, Rufiac, Alcam (Augan), Plélan. — Les biens donnés en bénéfice sont de nature et d’importance très diverses. En Pluherlin, c’est une trêve (Treb Winiau), c’est-à-dire un domaine considérable, qui devait renfermer plusieurs tenues ou exploitations rurales composées de maisons et de terres occupées par des tenanciers libres ou colons ; il est vrai que le bénéficiaire, Haëlwocon Skrenic, semble un homme d’importance, et ce pourrait bien être ce puissant Haëlwocon mentionné ci-dessus (p. 125) qui, guéri d’un mal cruel par les prières des moines de Redon, se convertit enfin et devint un fervent serviteur de l’abbaye (2). — En Peillac, la grande villa de Bron-Judwocon était partagée entre quatre bénéficiaires (3). — En Avizac, c’était l’écluse de Coret-Loencras, et la création de ce bénéfice a quelque chose de touchant : quand Conwoion avait vu à ses pieds Wrbudic noyé dans la honte de ses mensonges et accablé sous l’indignation publique (ci-dessus p. 163), il avait eu pitié de lui, il l’avait relevé et lui avait donné en bénéfice la jouissance partielle de cette écluse dont Wrbudic, tout à l’heure, réclamait frauduleusement la propriété : — Et ce bénéfice, lui avait dit Conwoin, tu le garderas tant que tu resteras le fidèle et Vami de Vabbage de Saint-Sauveur (4).

Les autres bénéfices que nous connaissons, c’est en Carentoir plusieurs ran ou moyennes exploitations rurales, dites Ran Jarnoc, Ran Maëltiern, Ran Etcar (5), — en Augan un tigran nommé Botlowernoc (6), c’est-à-dire un ran pourvu d’une belle maison ftigj; — en Plélan une ferme dépendante de la villa de Bron-Siwan ; mais ici ce qu’il faut noter c’est le bénéficiaire, Winic, le chef des écuries du roi Salomon (7), c’est-à-dire, l’un des principaux officiers de la cour de ce prince :

(1) Ed 863 : « Vadiavit Catlowen, jussu domini sui Duil, salinam quœ vocatur Permet » (Ibid,, n» 169, p. 130). ~ En 865 : « Pignoravit Duil, filius Rivelen, et homo illiiis Catlowen salinam quæ vocatur Salin Permet » (n» 86, p. 65). — En 866 : « Vadiavit Catlowen, ex jussu domini sui Duil, salinam quæ vocatur Scamnowid. » (n® 170, p. 131.)

(2) « Ex ilia die studuit mores suos emendare et sobriam vitam ducere et locum sanctum venerari » {Gesta SS. Rot., III, 7, dans D. Morice Pr. I, 259). Sur Treb Winiau voir Cartul. de Red., n® 93, p. 70, et aussi n® 7, p. 7-8.

(3) Ibid., n« 96, p. 72.

(4) Ibid., n® 195, p. 152.

(5) Ibid,, n«® 63, 134 , 208, pp. 50, 102, 160.

(6) JWd., n® 48, p. 38.

(7) Ibid., n® 223, p. 172.

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