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LE PAGUS OU CIVITAS ET SES SUBDIVISIONS

pagus Venediœ (1) ou simplement Venedia(2); fréquemment aussi par Venetis cioitas (3) ou ciüitas Venediœ (4), rarement par civitas Venetica ou Venetensis (5).

Bro-Weroc, pagus Broweroc, remplacent dans plusieurs actes Venedia et pagus Venediœ (6). Au VI« siècle, ce nom était réservé au Vannetais breton situé à TOuest de Vannes; au IX®, il s’étend aussi au Vannetais oriental, comme on le voit par les exemples cités à la note précédente. On dit encore, avec le même sens, Warrochia, prooincia Warrochiœ (7), patria Gueroci (8), province ou pays de Waroch ou Guéroc.

Aleta ciüitas (9) c’est le diocèse d’Aleth ; Aleta, Aletis (10) désigne plutôt la ville épiscopale.

Notons encore, dans la Bretagne du IX® siècle, deux grands pays qualifiés pagus, le Poutrecoél ou Poutrocoët, (pagus Trans SilvamJ, et le pays de Retz (pagus RatensisJ. En assimilant ce dernier pays à ceux de Nantes et de Rennes sous l’an 852, les Annales de Saint-Bertin lui attribuent par là même la qualité de pagus. Il répondait à peu près à la partie du département de la Loire-Inférieure située au Sud de la Loire (11).

Quant au Poutrecoët ou Poutrocoët, sa première syllabe, pou, répond en breton au pagus latin , et le nom tout entier est littéralement traduit par Pagus trans Silvam, en donnant à trans le sens de c à travers, • Pays à travers Bois, à travers la forêt. De cette forêt — la grande forêt centrale de la péninsule armoricaine, que les Bretons appelèrent Brecilien ou Brecelien — il a été longuement question dans notre tome I®^ (p. 43 et suiv.), et là même démontré que l’étendue du Poutrecoët devait être à peu près celle de cette mère-forêt. Il serait intéressant de constater au IX® siècle l’état de cette grande région silvestre, de dresser la liste, la carte des villages et des plous, des églises, des monastères élevés alors sur son sol aux dépens de ses ombrages séculaires, non sans grands massacres, çà et là, des fourrés, des halliers et des vieilles chênaies celtiques, remplacées par d’amples défrichements et de fécondes cultures. L’espace manque ici pour cette recherche. Nous dirons seulement un mot du nom même de cette circonscription. On a pris l’habitude d’écrire Poutrecoët; à l’exemple de tous les auteurs modernes, j’ai suivi jusqu’ici cette orthographe. Poutrocoët cependant

(1) Cartul de Redon, p. 11 , 27, 100, 121, 140, etc.

(2) Ibid., p. 20 , 91, 162, 182 , 214, etc.

(3) Ibid., p. 10, 36, 60, 83, 110, 130, etc.

(4j Ibid., p. 66 , 90, 108, 186, etc.

(6) Ibid., p. 371, 377.

(6) Ibid., p. 47, 69, 106, 107, 119, 166 , 366 , 357, etc.

(7) Ibid., p. 182, 183, 187.

(8) Ibid., p. 225.

(9) Ibid., p. 39 , 356.

(10) Ibid., p. 172, 192, 199; cf. p. 366, et D. Morice, Preuves I, col. 225.

(11) Voir ci-dessus p. 43 note 3, et p. 72 note 2. — On a voulu réduire le pays de Retz du IX« siècle au rang de vicairie ou vigucrie (vicaria), circonscription inférieure au pagus, en s’appuyant d’un diplôme de Louis le Débonnaire de l’an 839, et en écartant le témoignage des Annales de Saint-Bertin, qualifiées dédaigneusement de « compilation rédigée longtemps après les faits. » Ces Annales sont au contraire (aucun critique n’en doute) rédigées très certainement par des contemporains; la partie qui comprend l'an 862 a pour auteur Prudence, évêque de Troyes, homme habile, intelligent, chroniqueur soigneux et généralement bien informé. Il pouvait très bien y avoir tout à la fois une vicaria Ratensis ou Ratiatensis dont la ville de Ratiatum (Rezé) était le centre, et un pagus Ratensis plus étendu. D’ailleurs , de 839 à 852 , les troubles du règne de Charles le Chauve aidant, l’état des choses avait pu changer et la viguerie en s’étendant devenir un pagus.

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