ÉTENDUE APPROXIMATIVE DE LA PLEBS BRETONNE
dans le principe des territoires confiés à Tadministration soit d’un centenier, soit d’un vicaire, l’un et l’autre délégués du comte frank, sous les dynasties mérovingienne et carolingienne. Quant à la condita, on ne sait rien de son origine qui a donné lieu à de nombreuses discussions. Evidemment ce terme indique une circonscription, une subdivision territoriale (1), puisqu’il est, nous venons de le voir, l’équivalent de plebs et de vicaria. Cela exclut absolument le système qui veut trouver là un édifice destiné à des magasins militaires, condita militaria, expression dont on se prévaut pour établir entre ces magasins et notre condita une assimilation repoussée par le mot lui-même, car dans ce cas le nominatif singulier ne serait pas condita mais conditum (2). Condita a dans nos actes le sens incontestable de canton, district, et vraisemblablement l’origine de ce terme doit être cherchée dans la langue celtique.
Que si l’on veut selfaire idée de l’étendue approximative de ces subdivisions, notamment de la plebs bretonne, il faut envisager sur la carte un certain territoire, par exemple cet angle très ouvert du Sud au Nord, formé par le confluent de rOut et de la Vilaine, dont Redon est le sommet; il faut placer sur ce territoire les plebes que nous trouvons dans les actes du IX® siècle, et voir comment elles s’y répartissent et couvrent le sol. Dans l’angle que j’indique en montant du Sud au Nord, nous trouvons, outre Redon, les plebes suivantes : Bain, Rannac (Renac), Plaz(auj. Brain), Langon, Guipri, Pipriac, Sixt, Carantoir, Tréal, Rufiac, Caro, Cambliciac (Comblessac), Anast (auj. Maure), Guer, Campe! , Plélan, Beignon, Campénéac, Alcam (Augan), Ploërmel, Giliac (Guillac), Lanouée. Joignons-y sur la rive droite de l’Out, en montant de Redon vers le Nord-Ouest, Allaire, Caden, Peillac, Malensac, Pluherlin, Molac, Pleucadeuc, etc.
En examinant la carte, on voit que tous ces noms de plous du IX® siècle subsistent encore aujourd’hui et désignent des paroisses limitrophes entre elles pour la plupart ou en tout cas très voisines, en sorte que les plebes du IX® siècle devaient se rapprocher beaucoup de l’étendue actuelle de ces paroisses. Sans doute, par suite du développement de la population et de la culture, quelques-unes de ces plebes se sont depuis lors dédoublées : ainsi, Peillac au IX® siècle comprenait Saint-Vincent sur Out, — Pleucadeuc, Saint-Congar , — Carantoir, outre la Gacilli (qui en faisait encore partie au dernier siècle), Glénac et les Fougerets, — Rufiac, Saint-Martin sur Out et Saint-Laurent, — Caro, Reminiac, etc. — Néanmoins l’étendue de ces antiques plebes ne dépassait pas en général celle de nos grandes paroisses actuelles et restait parfois au-dessous : Plaz et Langon étaient au IX® siècle qualifiées locellus, plebicula et même oillula. Au spirituel, ces plebes ressemblaient à nos paroisses actuelles et non à ce qu’on appelait alors exclusivement plebes dans le reste de la Gaule, c’est-à-dire à ces églises baptismales dominant sur un vaste territoire divisé en un grand nombre de minores tituli (ou paroisses ordinaires) : territoire qui devint ensuite la circonscription du doyenné rural. Aussi, ne retrouvant pas dans les plebes de Bretagne les églises baptismales — seules plebes reconnues par les conciles et par les capitulaires, —
(1) J'sgouterai volontiers, avec mon illustre maître M. Guérard, une circonscription, une contrée, un canton sans rapport nécessaire avec la topographie administrative ou ecclésiastique.
(2) C*est cependant le système adopté par l’éditeur du Cartulaire de Redon, Prolégom. p. lxxxvi.