‹ Histoire de Bretagne. Tome secondChapitre 138 sur 392 · NOMS DONNÉS A LA PLEBS BRETONNE PAR LES FRANKS · texte numérisé non relu

NOMS DONNÉS A LA PLEBS BRETONNE PAR LES FRANKS

les moines et clercs gallo-franks se refusaient, nous allons le voir, à gratifier de ce titre nos plous bretons.

Sous Nominoë, en 843 ou 847 — la date est incertaine — un tiern breton nommé Anowareth, chef du plou d'Anast (qui s’appelle Maure aujourd’hui), ayant en grande vénération saint Maur, le célèbre disciple de saint Benoit, donna ce plou, c’est-à-dire les domaines et les droits qu’il y possédait, à l’abbaye angevine de Saint-Maur de Glanfeuil. 11 est plus d’une fois question d’Anast dans leCartulaire de Redon, et nos actes du IX® siècle (834, 867, 871) n’hésitent pas à lui donner le titre de plebs (1). Mais les moines de Glanfeuil, ne reconnaissant point là la plebs canonique du IX® siècle, c’est-à-dire l’église baptismale et son district, refusèrent cette qualification à Anast. Dans une sorte de commentaire ou notice sur la donation d’Anowareth, qu’on trouve dans leur cartulaire, ils disent que ce seigneur donna à leur abbaye «c pleueiam ou pleveiam de Anast terra (2), d c’est-à-dire « le plou de la terre d’Anast, » car pleueia ou pleveia est évidemment un calque à terminaison latine du pieu, pleo, ploiief breton qui est justement notre plou. Et c’était bien de dessein formé qu’ils refusaient aux plous bretons le titre de plebs; car pour bien déterminer la situation d’Anast, voici ce qu’ils disent :

e Cette terre d’Anast confine à neuf uicairies, savoir, à la vicairie de Guipri, à la vicairie de Pipriac, à la vicairie de Bruc, à la vicairie de Quarantoua (Carantoir), à la vicairie de Comblessac, à la vicairie de Guer, à la vicairie de Plélan, à la vicairie de Beignon et à la vicairie de Winnon (Guignen) (3). »

Winnon et Bruc ne sont pas nommés dans le Cartulaire de Redon, mais les sept autres lieux s’y trouvent mentionnés, et la qualité de plebs est donnée largement à tous les sept (4). Mais il est clair, d’après cela, qu’aux yeux des moines gallo-franks, la plebs bretonne n’avait rien de commun avec la plebs canonique ; ils lui en refusaient le titre, et pour désigner spécifiquement cette anomalie brito-armoricaine, ils se croyaient obligés soit de fabriquer tout exprès un nouveau mot calqué sur le breton, soit de remplacer le titre de plebs — impropre et abusif à leurs yeux en cette circonstance — par celui d’une circonscription analogue en étendue, ayant existence légale dans l’empire frank, la vicaria. Tant il est vrai que le plou, de quelque côté qu’on l’envisage, était une institution originale, spéciale à la Bretagne. — D’autre part, d’après l’emploi ici fait du mot vicaria comme équivalent de la plebs bretonne qui au point de vue religieux était une paroisse ordinaire, n’y a-t-il pas lieu de croire que la vicaria

(1) Voir Cartul de Redon, n*»» 102, 129, 246, 249, pp. 77, 98, 196, 197.

(2) « Attribuit Anowareth S. Mauri desuper alveo Ligeris fluminis monasterii monachis... pleueiam de Inast (Anast) terra, in episcopatu S. Pétri apostolorum principis » (Cartul. de Saint-Maur sur Loire, dans Marchegay, Archives d! Anjou I, p. 362). — La cathédrale et le diocèse d’Aleth, duquel dépendait Anast, étaient sous le patronage de saint Pierre.

(3) « Et hæc terra quœ Inast (Anast) est vocata cum novem vicariis conjungitur, Wipperica vicaria, Prisperiaca vicaria, Brucca vicaria, Quarantoua vicaria, Camhliziaca vicaria, Wer vicaria, Pluilan vicaria, Veingloên vicaria, Winnona vicaria. » {Id. Ibid.)

(4) « Guicbri plebs » (Cartul. de Redon, p. 223, 224). — « Prispiriac plebs » (Ibid., p. 99). — « Carantoêr plebs condita » (Ibid., p. 27, 69, 100, etc,). — « Plebs Cambliciaca » (Gest. SS. Roion, I, 2, D. Morice Preuves, I, 234). — « Wern plebs condita » (Cartul. de Red., 164, 185, 219). — « Ploê Lan ; in plebe quœ vocatur Lan » (Ibid., p. 64 et 192). — « Bicloen plebs » (Ibid., p. 83).

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