SIGNIFICATION PRÉCISE DU MOT ALLEU
s’étant incorporée dans le mot alleu (alodis), comme indiquant la propriété dont la disposition était la plus libre, la plus complète :
— c A Budworet et à son frère Anauworet moi Cunmaêl et mon frère Judhaêl > avons vendu notre propriété de Ran Judwallon, pour la posséder à titre
d’alleu acheté (fn alodt comparato), à tout jamais, sans avoir à payer aucune » rente » etc. (1).
— c Argantlon (une femme) a racheté du prêtre Drihuinet la terre de Ran B Deuminou qui avait été engagée pour 10 sois et 5 deniers, et elle a repris ladite ® terre à titre d’alleu acheté {in alode comparato) pour la posséder à tout jamais,
» sans corvée et sans redevance à personne (2;. »
— t A toi Subhaêloc acheteur moi Cowetic vendeur ai vendu ma propriété » de Ran Worocan, pour que tu puisses en faire tout ce que tu voudras et en » avoir la plus libre et la plus entière disposition, à titre d’alleu acheté {in alode » comparato), à tout jamais, sans corvée, sans redevance, » etc. (3).
On ne finirait pas de citer tous les actes portant cette formule, j’en indique un certain nombre au bas de la page (4). Mais en voici un qu’on ne peut omettre, parce qu’il nous montre nettement la véritable différence existant entre les termes hœreditas et alodus :
— € A toi Loïesbritou et à ta femme Wenwoial moi Roënwolon (ou Roënwalou) » ai vendu une chose m’appartenant en propriété, savoir la moitié de mon 1» héritage {dimidium hereditatis meœ) dans le plou de Lanoês (aujourd’hui » Lanouée), pour en faire tout ce que vous voudrez et en avoir la plus libre et la » plus entière disposition, à titre d’alleu acheté {in alode comparato), à tout 1» jamais, sans corvée ni rente à qui que ce soit » etc. (5).
Ainsi, cette propriété, qui entre les mains du vendeur était une hœreditas, devient en celles de l’acheteur un alodus. Cela montre bien (pour le dire en passant) le néant de la théorie, dont nous parlerons ailleurs, suivant laquelle le mot hœreditas serait, dans le Cartulaire de Redon, un fief ou bénéfice héréditaire, par opposition à alodus, « terre absolument libre, complètement indépendante (6). » Mais comment le même bien qui entre les mains du vendeur est, dit-on, un bénéfice héréditaire, pourrait-il instantanément changer de nature et devenir en celles de l’acheteur une propriété complètement indépendante, libre de toute sujétion? C’est manifestement impossible. Aussi la différence entre alodus et hœreditas est beaucoup plus simple et plus naturelle. Dans le Cartulaire de Redon hœreditas désigne constamment non un bénéfice mais un bien patrimonial, alodus un bien d’acquêt. Ce fait est confirmé encore par la charte qui suit celle qu’on vient de citer.
L’acquisition de l’héritage de Roënwalon par Loïesbritou eut lieu en 819-820 ; une vingtaine d’années après, ce dernier étant mort, Roiantdréou sa fille vint à
(1) c In alode comparato, in dicombito, dicofrito et sine ulla renda » etc. {Rfid., n» 91, p. 69). Acte dressé de 828 à 850.
(2) Cartul. de Redon, n» 131, p. 99, acte de 821 à 832.
(3) Ibid., ir* 153, p. 117, acte de 840 à 850 environ.
(4) Voir Cartul. de Redon, p. 15, 28, 69, 99, 101, 116, 117, 123, 127, 128, 132, 149 170, etc.
(5) Ibid., n« 164, p. 127.
(6) Voir Cartul. de Redon, Prolégomènes, p. cgxlvi.