‹ Histoire de Bretagne. Tome secondChapitre 146 sur 392 · SES ORIGINES, SES FORMES DIVERSES · texte numérisé non relu

SES ORIGINES, SES FORMES DIVERSES

t-il, une censive qu’il concéda au plaideur débouté, car on voit Ànauhocar lui donner des cautions en garantie de la rente qui devait être payée aux moines de Redon pour cette vergée de Pouz, et dont le montant était le même que celui des autres terres de même nature, c’est-à-dire, des autres vergées de ce plou (1).

Pour se débarrasser des chicaniers malfaisants acharnés à aboyer contre son abbaye, Conwoion en effet prenait souvent le parti de leur fermer la bouche avec quelques lopins de terre, qu’il leur cédait contre une rente annuelle assez faible. Il y avait en Âugan un individu appelé Fomus, qui se prétendait cousin et cohéritier de quiconque faisait à Redon quelque libéralité. Pour le faire taire, Ckmwoion, en 852, lui concéda le tiers d’une petite terre léguée à Redon par un Auganais nommé Dignum, sous la condition de payer pour redevance annuelle 18 deniers et un demi-muid de froment (2). Et Fomus depuis lors resta tranquille.

Ce sont là des censives créées par le premier procédé indiqué ci-dessus ; en voici d’autres qui dérivent du second.

En 834, le prêtre Worcomin donna à Redon sa terre de Taêllac en Pipriac; toutefois il en devait conserver la libre jouissance toute sa vie, mais après sa mort il imposait à ses héritiers l’obligation de payer à l’abbaye, sur ce domaine, un cens annuel de 2 sols au l»' octobre (3).

Eu 839, un riche personnage, Haêldetwido, donna à Conwoion et à son monastère une rente annuelle de 200 deniers d’argent, assise sur une terre qu’il possédait dans le plou de Wern (auj. Guer) près de la fontaine de Poul-Lupin, non loin do manoir de Lis-Kelli. D’après l’importance de la rente, ce devait être un domaine considérable : il comprenait un village, une vigne et autour de la vigne une grande culture où l’on semait 12 muids de froment (4).

En 848, une femme nommée Argantphitur créa sur sa terre de Nantdai, en Malensac, un cens ou rente de 6 deniers payable chaque année à la Saint-Martin, au profit de l’abbaye de Redon ; seulement le paiement de cette rente ne devait commencer qu’après la mort de la donatrice par les mains de ses héritiers (5). Mais à partir de ce moment l’obligation devenait perpétuelle. Ainsi le fonds qui en était chargé se trouvait, comme les précédents, constitué en censive. — La forme de cet acte et de celui du prêtre Worcomin pourrait tromper au premier abord, car Argantphitur et Worcomin disent qu’ils donnent leur terre à Redon, mais en réalité ils gardent le fonds et ils continuent d’en jouir eux et leurs héritiers; ils donnent seulement une rente assise sur ce fonds, c’est-à-dire, ils font de leur terre une censive (6).

(1) c Dédit Anauhocar fidejussores.. in omni renda quœ danda est ex ilia terra ad Conwoion et fratres, $ic[ut] de unaqnaque virgada redditur in Aoesiaco » {Fbid.f n° 61. p. 49). Acte de 842.

(2) Voir Cartul. de Redon, n» 127, p. 06. — En 867, Fomus fût obligé d’engager cette terre aux moines de Redon pour la somme de 24 solidi; pendant la durée de l'engagement il n’en devait pas moins payer le cens de 18 deniers à la Saint-Martin (Ibid,, u« 68 , p. 53-54).

(3) Ibid., n®» 128 et 219, pp. 97-98 et 168-169.

(4) « Ego Haeldetwido... donatum esse volo ad basilicam S. Salvatoris Roton... rendam denarios cc in argento, unoquoque anno, de meo villare, et de mea viuea, et de campo qui in circuitu ejus est, qui habet sationem modios xii de frumento... ea vero ratione, ut quamdiu advixero semper ipsam rendam solvere studeam, et post meum discessum, qui ex meis propinquis propinquior fuerit qui ipsam terram tenuerit, similiter faciat » (Ibid., n® 197, p. 153-154).

(5) D. Morice, Preuves 1, col. 273, 3® acte de cette colonne.

(6) Voir d’autres donations de rentes ou cens, constituées également sur des fonds de terre, dans le Carlulaire de Redon, n®* 66, 83, 142, 145, pp. 52, 63, 108, 111, etc.

Page 1