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LA VILLA EN BRETAGNE AU IX® SIÈCLE

fidelitaie, (ci-dessus p. 169-170), c’est-à-dire l’assistance fidèle, toutes fois qu’il en est requis, pour défendre l’honneur, le droit, l’intérêt de son patron. C’est là l’obligation principale et caractéristique du client ; c’est elle qui en se développant engendrera le monde féodal.

§ 3. — Les divers ordres de biens.

Les termes qui reviennent le plus souvent dans les actes bretons du IX® siècle pour désigner les divers ordres de biens ruraux connus à cette époque , du moins les principaux, sont les noms de Villa, Mansus et Ran ou Rann : les deux premiers appartenant à la langue latine, le dernier au breton.

1® La Villa en Bretagne au IX® siècle. — - Le sens du mot Villa dans nos actes du IX® siècle est en certains cas un peu flottant; plus d’une fois il a la signification générique de village ou de bien champêtre quelconque. Mais le plus souvent il désigne un domaine, un arrondissement rural d’une notable importance et le groupe d’édifices qui en est le centre ; de là vient qu’on l’emploie parfois, nous l’avons vu ci>dessus (p. 180), pour qualifier les grandes sections ou subdivisions de la plebs bretonne. Cette idée de circonscription d’un caractère public est étrangère néanmoins au sens primitif du mot , qui procède uniquement du souvenir de ces maisons de plaisance et de ces grandes exploitations rurales de l’époque gallo-romaine dont il a été question dans notre premier volume (p. 150-152).

La villa ainsi considérée se montre toujours dans nos actes accompagnée d’un vaste domaine, comprenant, outre les terres labourables, des prés, des pacages, des bois, des landes, des cours d’eau, souvent des vignes (1). Domaine divisé en deux parties, l’une occupée directement par le propriétaire de la villa, l’autre répartie en diverses tenues concédées soit à des hommes libres soit à des colons, qui en jouissent sous des conditions diverses ; parfois même quelques parcelles sont cultivées par des serfs agricoles. Âu centre du domaine ou à peu près, était situé le manse du propriétaire de la villa, c’est-à-dire tout à la fois son habitation et les terres dont il gardait la jouissance directe ; autour de ce manse dominant et principal étaient semés les manses secondaires des tenanciers libres et colons, c’est-à-dire les tenues à eux concédées et sur chaque tenue la demeure du tenancier. En 833 , Wincalon donne au monastère de Redon sa villa de Colworetan en Âugan, «c avec le manse habité par lui et les petits manses (mansiunciili) J occupés par les colons; avec tous les édifices, les terres cultivées et les terres 1» incultes, avec les prés, les pacages, les eaux et les cours d’eau, et toutes les dépendances de la villa (2). » — En 834, le bon tiern Ratuili, fondateur de Redon,

(1) En 861 ou 867 ; c Dédit Salomon villam quœ dicitur Graubudgen, sitam in Penkeriac [Piriac] cum omnibus appendiciis suis, tam terris quant vineis, tandis, i etc. (Carlul. de Redon, n® 77, p 60).

(2) « Ego Guincalon... donavimus oUlam juvis mei nominc Colworetan, cum manso meoetatiis mansiunculis ubi ipsi manentes commanent, cum terris, œdificiis, pratis, pascuis, aquis aquarumve decursibus, mobilibus et immobilibus, cultis et incultis, cum omnibus appenditiis suis • fCartul. de Redon, n® 5, p. 5). — En 865 ou 871, Eudotal donne à Redon c Villam quœ nuncupatur Duecot (en Rufiac), cum massis (mansis) et manentibus cum silois, pascuis, aquis » etc. {Ibid, n® 258, p. 208).

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