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LA VILLA DANS LA MARCHE FRANCO-BRETONNE

donne à ce monastère toute sa villa de Bignon en Bain c avec tontes les petites » villas qui l’entourent » on, comme dit la charte de cette donation , c avec tous » les manses des colons et leurs habitants (1). > — Autour de la villa de Cleguer, en Ruflac, il y avait une véritable ceinture de petites villas qui en dépendaient et dont on connaît encore les noms : Bron-Ânavan, Fau, Lenguennoc, Bron- Harch , Piroit , Cberguedet (2).

Dans la Marche franko-bretonne , où s’étaient conservées les traditions de l’époque gallo-romaine, les villas étaient fort étendues. Celle de la Minière {Munera ou Miniera), située au pays de Rennes dans la condita de Turrich (auj. Tourie), et donnée à Redon en 845 par un Frank, Raghinbald, qui se lit moine en cette abbaye , — cette villa était d’une telle étendue que nous trouvons établis sur son territoire, pour le mettre en culture, environ une quarantaine de serfs (3). — Plus au Nord, toujours dans le pays de Rennes, en la centaine ou oicairie de Laillé, existait la villa de Saviniac, elle aussi de belle dimension, car on note comme une simple parcelle (petiola) de son territoire une culture de trente muids de semence (4), sept fois l’étendue moyenne des terres labourables du rann breton, dont nous allons parler tout à l’heure.

Au pays de Nantes, sur la rive gauche de la Chère, nous trouvons le nom de villa donné à de gros villages, desquels dépendent d’amples territoires découpés en plusieurs domaines et entre plusieurs propriétaires, renfermant toute sorte de biens ruraux : manses, étables, terres labourables, vignes, prés, bois, vergers, pacages, friches (5), etc. Telles sont, entre autres, les villas de Botcatman en Lusanger et Comou, de Fait en Lusanger et Derval, d’Isartius en Lusanger, mentionnées dans des chartes de 816 à 868 (6). Grandcbamp, aujourd'hui commune de la Loire-Inférieure, est qualifiée villa Gramcampus par des actes de 808 , 838 , 846 (7) ; en 833 et 838, on constate l’existence d’un bourg (vicus) et d’une église {haailica, ecclesia) dans cette villa, qui dès 843 devint le centre d’une

(1) C Tradidit S. Salvatori villam quæ dicitur Binnon, cum cœteris vîllulis qnœ in circuilu manent » (Gesta SS. Roton. 1 , 4 , D. Morice , Preuves 1 , 235). — « Bionon totum cum massis (mansis) et manentibus. » (Cart. de Redon, n» 3, p. 3). 11 y a encore en Bain un village qui s’appelle le Bignon.

(2) En 837 : f Donavit Rethwobri villam Cleger, circumcinctam aliis villis, Bron Anavan et Fan » etc. (Ibid, n» 177, p. 136).

(3) /Md. n« 41, p. 32-33.

(4) Ibid, no 125, p. 94-95.

(5) En 816 , 819 , 833 : « Alodum in condita Lubiacinse, in loco (abas villa) Faito, enm terris culUs et incultis, silvis, pratis, pascuis, aquis... Cum terris, silvis, vineis, mansis, scuris, et omnibus a^jacentiis... Cum casis et domibus et œdificils, et vinea et terra cum pomariis » etc. (Cart. de Redon, no* 227 , 226 , 43, pp. 175, 174, 35).

(6) Voir Cartul. de Redon, no* 57, 217, 225 à 231, pp. 45, 167, 173 à 179. Lusanger (Lusebiacus, condita Lusebiacensis ou Lubiacensis) , simple trêve de Derval Jusqu’en 1789, et auj. petite commune, était beaucoup plus importante au IX* siècle et s’avançait beaucoqp plus vers l’Ouest. Ainsi les villas de Fait, de Botcatman, sont représentées auj. parles villages le Foy à 1,200*0 au S.-S.-E. du bourg de Derval, et Boismain sur la rive gauebe de la Cbère à 1,700» dans l’O. du bourg de Mouais : or, d’après les chartes de Redon (voir entre autres p. 45, 167, 174, 175, 176), la villa Botcatman était partie en Lusanger , partie en Cornou , la villa Fait partie en Lusanger partie en Derval , c'est-à-dire que Lusanger était limitrophe vers l’O. de Derval et de Cornou. Botcaman, par Boteman, Botman, Roman, a abouti à Boisman ou Boismain; de plus Botcatman est placé par les chartes super on juxta fluvium Kaër (Ibid. p. 45 et 167) , et Boismain touche la Cbère.

(7) Ibid, no* 33 , 42 , 210 , 211, pp. 26 , 34, 162. — L’éditeur du Cartulaire de Redon place sous l’année 847 le n* 33 , ainsi daté : « In anno viii , régnante domno nostro imperatorb Karolo, in mense Octobris » (p. 27). U a cru qu’il s’agissait de Charles le Chauve, mais ce prince n’était pas empereur en 847 ; il fût empereur tout au plus deux ans, de 875 ou 876 au 6 octobre 877. Vimperator Ccu'olus ici mentionné ne peut donc être que Charlemagne , ce qui met cette charte en l’an 808.

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