SECONDE EXPÉDITION DE LOUIS LE DÉBONNAIRE
raconter la seconde expédition des Franks en Bretagne en l’année 818, la seule dont parle Ermold. Avant d’entrer dans ce récit il convient de remarquer que la mission de Witcar en Bretagne est certainement antérieure à la première campagne de Louis le Débonnaire contre Morvan ; car si avant cette mission il y avait eu déjà des hostilités entre les deux princes, si déjà le Breton avait contraint l’empereur de reculer devant lui et d’évacuer la Bretagne, les paroles de Morvan et celles de Witcar eussent été forcément très différentes de celles qu’on leur prête.
§ 4. — La révolte de Morvan.
Deuxième campagne des Franks en Bretagne en 818.
Rentré dans ses états après son échec, Louis le Pieux songea bientôt à le venger. Pour y parvenir il résolut de jeter sur la Bretagne une armée énorme, composée principalement des nations germaniques d’outre Rhin plongées encore dans la barbarie et considérées avec raison comme plus féroces que les Germains établis en deçà du fleuve, déjà un peu décrassés par leur contact avec la Gaule civilisée. Les Franks d’Austrasie, les Souabes, les Saxons, les Thuringiens, les Burgondes, — Ermold note ces peuples comme ayant fourni des recrues à l’armée impériale, les derniers seuls habitaient la Gaule ; bien d’autres (dit-il) y envoyèrent leurs contingents, mais il ne peut tous les nommer (1). Le chiffre total de cet armement? Ermold répond : innombrable. D’un de ses vers on peut conclure qu’il dépassait cent mille hommes (2).
L’empereur ayant indiqué aux troupes pour rendez-vous, pour point de concentration, la ville de Vannes, s’y rend de son côté avec sa suite. Principales étapes : Paris, Orléans, Tours, Angers, Nantes, Vannes (3). Dans toutes ces villes, il visite les principaux sanctuaires et supplie leurs patrons de s’intéresser au succès de son entreprise. A Paris il va prier dans les églises de Saint-Germain, de Saint-Etienne, de Sainte-Geneviève, il s’agenouille dans la basilique de Saint- Denis. A Orléans, il visite Sainte-Croix et Saint- Aignan ; le comte Matfrid lui fait fête en sa magniflque villa de Vitri dans la forêt d’Orléans (4). A Tours, il va vénérer les sanctuaires de Saint-Martin et de Saint-Maurice ; à Angers celui de Saint-Aubin (5) ; à Nantes toutes les églises sans exception /culmina cunctaj. Là il est reçu par le comte Lantbert, — préfet, nous l’avons dit, de la Marche bretonne, qui remercie l’empereur de daigner venir l’aider à soumettre les Bretons. Enfln Louis arrive à Vannes où il trouve toutes ses troupes, tous les chefs de son armée ; mais ici encore nulle mention de Wido, quoique d’après le Cartulaire de Redon il fût à cette époque comte de Vannes et semblât par là même appelé à jouer dans la direction de cette campagne un rôle principal. Cette absence, au
(1) Ermoldi lib. III, v. 259-268.
(2) a Milia centenis accnmulata viris. »
(Ermoldi III, 262.)
(3) Ibid. V. 269-306.
(4) Voir Ermold, III, vers 275-286. — On a de Louis le Débonnaire deux diplômes pour l’abbaye de Fleuri ou Saint-Benoît sur Loire, datés d’Orléans le 27 juillet 818. (D. Bouquet, VI, p. 611 et 512.)
(6) Ermold, Ibid. v. 293-296. — Il y a un diplôme de Louis le Débonnaire pour le monastère de Grandlieu, donné à Angers le 17 août 818. (D. Bouquet, VI, p. 513.)